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Quelques semaines en Italie (2006)
 

13 JUIN 2006 – S. EN ITALIE

Bonsoir à tous,

Pas de mail collectif débordant de partout : je fais sobre, informatif et court, car je voudrais me lever tôt demain pour un petit périple en descendant vers Rome en passant par l’Ombrie avec mes sabots.

J’ai failli partir avec une amie pour 4 jours à Naples, pour aller à Rome, mais, bon si tous les chemins mènent à Rome, il y a quand même des limites au détour. Du coup, je pars toute seule en essayant de faire d’ici samedi (où je dois prendre à Rome un train pour Paris) Florence, Arrezzo, Cortona, Pérouse, Spoletto, Orvieto… programme susceptible de changer selon les lignes de trains régionaux (les pas chers).

Pour ceux à qui ça fait envie : sachez que vous pouvez venir passer quelques jours. Je peux heberger des gens en fait (c’est l’Italie : le contrôle au bâtiment est attentif à la porte qui donne sur la rue, mais pas du tout sur celle du jardin) d’autant plus que j’ai fait aujourd’hui l’acquisition d’un superbe matelas pneumatique à décor floral (si si). J’avoue avoir fait trois boutiques à la suite dans l’espoir d’en trouver un moins moche, mais j’ai dû me résoudre à l’unique modèle chinois… S’il y a des amateurs…

Quelques mots sur SN de Pise : mobilier formica, matelas qui grince, ambiance glauque de la salle informatique pseudo climatisée où il faut pousser un peu un type en sueur en train de jouer à War Craft à 3h du mat pour imprimer un truc (mais est-ce bien l’heure pour imprimer un truc ? c’est vrai).

Je découvre donc avec joie les longs trajets dans des couloirs en lino défoncé avec la douce impression que le bruit de mes chaussettes est écouté par des paires d’oreilles peureuses qui se cachent dans les toilettes pour surtout ne pas me croiser dans le couloir. Bon j’ai pas fait beaucoup d’effort les premiers jours non plus j’avais du boulot !

Tout ça est fort réjouissant, et il est vrai que je suis très très contente de me faire un petit voyage ailleurs…

Allez, j’arrête de cracher dans la soupe : la ville est superbe : il n’y a pas que la tour, il y a une place monumentale, et il n’y a pas que cette place des "miracles", il y a un superbe centre ville médiéval et fort animé qui me fait penser à Naples : que des étudiants et tout le monde à vélo. Coupe du monde oblige, des écrans partout et une bonne ambiance dans les rues (tant qu’ils gagnent… ils sont assez bons d’ailleurs, je sais pas si vous avez vu le match Italie/Ghana ?)

En plus, il fait un temps superbe : chaud avec un peu de vent… pas comme chez vous (La radio française conseille de passer au moins 2h par jour au rayon surgelé des supermarchés ou au cinéma, au choix !).

J’ai pas grande aventure à raconter à part une soirée où je suis allée au restau en train pour manger du poisson et des fruits de mer à la mer et une journée à la plage aujourd’hui, ou comme prévu, j’ai marché deux heurs au soleil pour trouver la "plage gratuite"…. tout ça pour se retrouver les uns sur les autres sur 3 m2 avec une bande d’espagnols qui crachaient sur les italiens et des allemands… qui n’en revenaient pas de l’état de la plage. Pas de français bizarrement : le guide du routard devait indiquer une autre plage…

Résumé du mail pour les paresseux : En quête d’aventures un peu intéressantes à raconter, S. va changer d’environnement en descendant vers le sud de l’Italie. Vous pourrez admirer ses coups de soleil lors de son passage express a paris entre le 18 et le 21 juin ou venir la rejoindre pour un voyage en Italie début juillet (les places du 21 au 1er juillet sont prises… !)… ou encore pour ceux que je ne vois qu’une fois par an, lors des festivités pour son anniversaire…

Ouh là, A force de voir Chirac président et Zidane au foot, on ne se sent pas vieillir. Et merde, je repars dans une digression alors que je voulais conclure..

Grosses bises et à très bientôt,

6 JUILLET 2006 : PRISE [EN TENAILLE] A PISE

Coucou,

Et c’est donc après la victoire de la France contre le Portugal que je vous écris (d’où le titre pour ceux qui sont lents : finale France /Italie vue en Italie par une française -moi- qui bien que fortement influençable, serait quand même bien contente que la France gagne, même au milieu d’une foule hostile).

Pise est étonnamment calme, contrairement à hier, où prise dans la foule des tiffosi italiens qui en revenaient à peine d’être en finale (pour preuve, la mairie de Pise n’a pensé à installer un écran géant que hier après-midi), j’ai pris une petite douche de bière et me suis fait percer les tympans. J’ai bien failli me faire prendre pour une allemande parce que quand ils se sont mis à chanter l’hymne national, je ne connaissais pas les paroles, et qu’en plus, je suis blonde…. Je m’attends donc au pire pour dimanche, surtout si la France gagne. Je pense me déguiser en russe, ou mieux en suisse. Le costume tyrolien et les macarons de nattes sur les oreilles, c’est bien suisse non ?? Dites-moi vite sinon je vais avoir l’air con. C’est donc à cause du foot qu’enfin je reprends la plume carrée [à cause de la forme des touches du clavier, décidemment je suis bien hermétique ce soir] avant de mourir noyée dans l’Arno ou étouffée dans un drapeau géant italien (du genre des 4X3 qu’ils font voler sur les scooters et qui se prennent dans les roues en provoquant de gros accidents)…

Non, la vraie raison de mon retour dans vos dossiers spams, c’est la relative chute de la température qui fait que je peux rester dans ma chambre sans prendre un bain froid toutes les trente minutes. Il ne fait plus que 31 à minuit, ce qui est vraiment frais par rapport aux semaines précédentes…

Continuons un peu sur le football puisque je suis merveilleusement bien placée pour vous parler de nos futurs adversaires (les anti-foots, passez au paragraphe suivant). C’est un peu l’équivalent de parler du temps pour discuter avec les gens. Et d’ailleurs heureusement que le foot a pris le relais parce qu’on commençait à s’emmerder depuis 15 jours avec les "fa caldo !" accompagnés de regards au ciel et de mouvements significatifs de la main gauche. Le foot donc : jusque là, les italiens étaient bien contents que la France gagne et Zidane a même eu droit à une standing ovation et à de chauds applaudissements pendant le match contre le Brésil : ici ils prononcent DZInedin DZidan et Maaaakélé comme dans "macchè"… Et les italiens me disaient qu’ils soutenaient l’équipe de France parce qu’en fait c’était l’équipe d’Italie puisque Zidane, Trézéguet et Viera jouent à la Juve (Ah, quelle mauvaise foi !, alors qu’il n’y a pas un noir en Italie ! Oups, pardon). Mais en fait, c’était une grosse feinte, ils ont soutenu la France rien que pour prendre leur revanche (des quarts ou des demis finale de 98 et de la finale de la Coupe d’Europe) et ils ont vraiment vraiment très envie de se venger…

Digression qui n’a rien à voir : si en France, c’est le SMS qui a eu un énorme succès (souvent attribué avec perversité par les analyciens scientificiens de la statistique au grand nombre d’adultères en France, le SMS étant bien sûr plus discret, à condition de désactiver la sonnerie macarena), ici, c’est sans conteste le kit-main libre qui permet de continuer à parler avec les deux mains même quand on est seul sur le trottoir. Au point que les italiens sont en train de se demander si finalement il ne faudrait pas interdire aussi le kit main libre au volant….

Sinon, Pise est quand même bien calme, en dehors de l’heure de la passegiata sur la grande artère en fin d’aprem où il est bien évidemment hors de question de se balader sans être coiffée (comme je le fais), et de la soirée, à la fraîche après 23h, où tous les jeunes se retrouvent sur le bord de l’Arno pour ne rien faire sinon manger une glace (ce qui n’est pas rien faire… je vous l’accorde, surtout vues les glaces ici ! De taille plus que respectable, ce qui demande vraiment de la technique et de l’expérience quand on a eu la bonne idée de prendre un cornet alors que le thermomètre est toujours au dessus de trente). Là aussi il est exclu de se trimballer en tongs (comme je le fais)…

Ah si, j’oubliais, il y a à Pise plein de fêtes folkloriques de reconstitution historique qui n’ont rien à envier au festival de Gannat pour les connaisseurs. J’ai en particulier pu assister à la régate des anciennes républiques maritimes (je n’ai rien vu, ça allait trop vite, mais Pise a gagné) et le Jeu du pont, où je n’ai encore rien vu, mais c’était semblait-il un genre de jeu de la corde, mais sur un pont. Et ces jeux qui durent au maximum quatre minutes sont accompagnés d’une longue après-midi de défilés en costume renaissance et de commentaires effrénés du présentateur portés par les microphones disséminés dans la ville. Dimanche, le présentateur a eu une sorte d’extinction de voix sur le coup des 21h (le jeu a commencé vers 16h) et tout le monde était soulagé. Le plus bizarre, c’est qu’il n’y a pas de touristes dans ces trucs, mais que des gens de la ville qui trouvent enfin un truc à faire le dimanche.

Il faut dire que les touristes ici, ils ont pas trop le temps puisqu’un bus les dépose au pied de la Tour et qu’ils ont juste le temps de prendre trois photos et de ramener un mug souvenir penché avec une jolie tour fluo… Enfin, pour ma part, moi dimanche, j’étais surtout occupée à essayer de me trouver une paire de chaussures puisque j’ai eu la mauvaise idée de casser les miennes le matin et qu’il était bien sûr exclu, malgré mon attirance pour les expériences extrêmes, de passer le reste de la journée en converse en cuir noir (à ce propos, c’est la dernière fois que je fais une valise bourrée, - moi bourrée, pas la valise, quoique…- j’ai pris 2 vestes, 4 pulls et j’ai oublié l’antimoustique !). Dimanche, j’ai donc passé deux heures à errer dans la ville à la recherche d’une boutique de chaussures ouverte et ne suivant que mon instinct… je me suis dirigée vers la Tour (seul endroit où on peut trouver un café ouvert entre le vendredi matin et le lundi soir- non j’en rajoute, mais c’est vrai que les italiens ont une conception plutôt laxiste du week-end) et là, on a essayé de me vendre une paire de tongs rose à talons avec une déco fleur jaune en plastique à 29 euros. Je me suis permis d’éclater de rire. J’ai fini par vexer la nana et j’ai donc dû me lancer dans une casuistique du genre, mais non, elles sont pas moches, elles me plaisent beaucoup, c’est juste que 29 euros pour des tongs en plastique… et là, elle a sorti l’argument qui tue : ce sont des Versace… Ah, alors, je me suis inclinée, mais rassurez-vous, je ne les ai pas achetées (j’aurais pu commencer une collection de chaussures ridicules de voyage apres les bottes en caoutchouc newyorkaises… pour ceux qui ont de la mémoire). Non j’ai fini par faire la connaissance d’un sénégalais qui vendait des djembés, je me suis permis de lui demander si par hasard il avait pas des chaussures, et là, il se lève et m’accompagne à l’autre bout de la ville chez une autre africaine qui a dû déballer sa marchandise (comme quoi, il y a bien des noirs quand même, ouf…) Et là, après tant de sollicitude, j’étais bien obligée de les acheter les chaussures. J’ai pu apprendre à l’occasion les détails des lois de régularisation des sans-papiers de Romano Prodi qui fait que beaucoup d’africains qui étaient plus ou moins en transit en Italie vers la France ont finalement décidé de s’installer en Italie en espérant un droit de séjour plus -beaucoup plus- rapidement qu’en France.

Bon, cette aventure-là, elle était pas très intéressante quand même… Une autre alors (la transition autodépréciative, ma grande spécialité…) : lundi soir, tandis que j’hésitais à aller jouer aux Sims dans un local climatisé ou aller louer un dvd pour occuper ma soirée… une amie me dit « tu viens à la plage ? ». J’ai d’abord cru que c’était une blague parce qu’il était 22h et que la plage, c’est quand même pas tout près, la preuve étant ma dernière tentative avec Emilie où, après un petit voyage en bus, on a dû marcher une heure dans une pinède peuplée de campings glauques et de boîtes de nuit fermées bien avant l’ère de la macarena (oui, je sais, c’est un peu mon repaire temporel en matière musicale- colpa mia !) avant d’atteindre enfin une plage gratuite plutôt sale, mais cette fois grande. Et en rentrant on a longé la plage deux bonnes heures, découvrant à cette occasion une grande plage sauvage homosexuelle (c’est la plage qui est sauvage, hein, pas les gens…). On a mis un moment avant de se rendre compte qu’on était les seules filles sur 5 kilomètres….

Oui donc, je reprends, lundi, on me propose une soirée à la plage, et vous connaissez ma passion pour les Sims, mais j’ai dit oui parce que j’avais rêvé de me baigner toute la journée. Et nous voilà donc joyeusement partis vers 22h30 en vélo vers la grande plage de Pise. Après 1h30 de vélo sans phare sur la nationale (pardon maman…) nous voilà arrivés sur la plage gratuite. Hop, on se baigne, et on installe le campement (et c’est à ce moment-là que je comprends qu’on va dormir là..). On comprend aussi qu’on n’est pas seuls (à droite un couple de mecs, à gauche un couple hétéro… Ah, cette ghétoïsation des homos !). Sur ce, arrive un groupe de dix personnes avinées qui se pose juste derrière nous. La nuit était bien partie. Évidemment j’avais pas de sac de couchage et ma serviette était mouilléee. Et avec le petit vent du nord des 3h30 du matin, je peux vous dire que j’ai profondément maudit la mode des manches 3/4 (les trucs qui s’arrêtent juste après le coude) parce que j’ai eu très très froid aux avant-bras (pour ceux qui ne connaissent pas cette particularité physiologique de S., sachez que je ne suis frileuse que des avant-bras, ce qui a le pouvoir d’émerveiller mon homéopathe)… A chaque chose malheur est bon (non c’est pas ça l’expression ??), et l’absence de sommeil nous a permis de voir la triplette gagnante : coucher de soleil, coucher de lune et lever du soleil (très beau le coucher de lune sur la mer, j’avais jamais vu ça, c’est orange fluo)… Après une longue pause petit déjeuner sur le bord de mer (on est en Italie, alors il faut goûter au moins 3 pâtisseries dans chaque établissement pour s’en faire une idée correcte), on a fini par rentrer en vélo à 11h du mat. il faisait déjà 36 degres… et nous n’avions pas plus d’ombre que de phare la veille…

Ah, je viens de me souvenir que j’avais commencé ce mail pour raconter mes différentes périples mais il se fait un peu tard et je veux repartir demain vers Bologne et Ravenne (je suis fan des mosaïques presque plus que des Sims, même si les carreaux de pierre ont une vie sexuelle moins intéressante - pff ça c’est nul - circuit obligé donc).

Je vous donne donc la liste du périple et je le raconterai une autre fois en détail. Je suis d’abord allée vers Florence, où l’ambiance "Oh my God" des touristes américaines m’a un peu saoulée (j’ai quand même vu le Bargello qui est superbe), d’où j’ai pris le train pour Pérouse. J’y suis arrivée vers 23h et je devais rejoindre l’auberge de jeunesse avant minuit. Il n’y avait plus de bus et je me suis donc lancée à l’ascension de cette ville de fous, bâtie sur une falaise à pic, et bien bâtie en plus…Il y a là une des plus belles places que j’ai jamais vues, tout au sommet avec une superbe fontaine sculptée. Ils ont même poussé l’orgueil à inventer un système de pompage pour que la fontaine marche (après les étrusques qui avaient déjà creusé un puits de 50m dans la falaise)… Honnêtement, je sais pas comment ont fait les gens pendant tous ces siècles pour habiter dans cette ville. Maintenant ils ont simplifié le problème : y a des escaliers automatiques dans la montagne… Oups, je rentre dans les détails alors que je n’en suis qu’à la deuxième ville. J’ai adoré Pérouse donc.

Puis je suis allée à Assise et ayant eu la mauvaise idée de laisser mon sac à la consigne sachant que les employés sont pas pressés et que les trains sont en retard, j’ai logiquement raté le train pour Orvieto (début d’une longue série)… Du coup, je suis allée tuer 2 heures sur le lac de Trasimène, avec l’aide d’une superbe glace au citron. J’ai fini par rejoindre Orvieto (à mi-chemin entre Florence et Rome, prenez une carte) même genre de ville de fous sur una falaise qui tient à peine puisque la terre est entierement creusée en sous sol : grottes, pigeonniers, caves.. La, c’est pas des escaliers mais un téléphérique qui mène à la ville. C’est également superbe, la cathédrale est immense et très très belle surtout au coucher du soleil…. Je suis tombée sur une mise en scene de la Bible en collaboration (explosive vous imaginez !) entre italiens et américains. Après 3 rires moqueurs et un vieux relent de mépris français, je les ai suivis et c’était franachement génial : une sorte de théâtre de rue qui s’approprie tous les lieux de la ville, superbement éclairée pour l’occasion. Il y avait de la musique, les gens dansaient, c’était bonne ambiance, et il y avait un pot / gâteaux maison à la fin. Non, c’était vraiment exaltant de découvrir une ville dans ces circonstances…

Après, ben, j’ai tellement aimé Orvieto que j’avais oublié de réserver un lit à Rome pour le soir. Après 20 coups de fil inutiles dans toutes les adresses du Lonely Planet à moins de 35 euros, je me suis dit que j’allais éviter de débarquer à la gare de Rome à 19h sans savoir où dormir, surtout que le train était annoncé avec 1h de retard. Après moult hésitations (terribles ces trains où on peut acheter les billets au dernier moment, moi ça me rend malade la multiplication des possibilités dans chaque gare), j’ai décidé de remonter vers le nord et d’aller dormir dans une ville médiévale du lac de Trasimène où je me disais que je pourrais dormir dehors (j’avais enfin acheté de l’anti moustique)… Après un grand moment d’émotion en repensant au beau texte de Tite Live sur la victoire d’Hannibal - sur les Romains-. grâce aux brumes du lac, je me suis quand meme décidé à aller voir l’office du tourisme avant la fermeture pour trouver une chambre… Et on m’en a trouvé une pas chère dans une sorte de résidence familiale. Je débarque au coucher du soleil, vraiment crevée et en sueur, du coup, la nana a eu un peu pitié : elle m’a prêté un vélo, m’a laissé la piscine ouverte, a même appelé la compagnie de train italien (ça, il faut vraiment être sympa pour le faire)… Elle m’a même fait une autre réduction en me faisant un clin d’œil, m’a raccompagnée à la gare et m’a donné la dernière brioche au petit déj…. Ca fait plaisir ce genre de moment quand même… je pense que ça la faisait délirer de me voir débarquer dans un truc où les gens restent un mois, en famille allemande ou hollandaise… J’étais, comment dire, inattendue… Et j’ai fait fureur avec mon bikini orange dans la piscine à minuit…

J’ai donc fini par atteindre Rome où la température atteignait bien les 40 degrés avec de la poussière et de la pollution qui rend essouflé au moindre escalier, d’où j’ai pris le train pour Paris.

A Paris, j’ai passé un entretien avec de la fièvre et une rage de dent… ce qui fait que j’ai même oublié de demander ma note !

Et Pouf, le soir de la fête de la musique, qui s’annonçait pluvieuse (non ?) on est reparties avec Jeanne direction Milan. Apres quelques heures à Milan, on atterrit à Vérone déserte (cause match de l’Italie), dans une superbe auberge de jeunesse/ palais. du coup, on décide de rester 2 jours. Puis on est arrivées à Venise en pensant dormir dehors (Venise regorge d’endroits peinards pour dormir dehors - pas comme Mestre, hein M. ?) mais coup de bol pas possible, on a fini par trouver les derniers lits d’un établissement religieux pas cher dans un palais qui tombait en ruine dans un super quartier de Venise. Et là, il faisait vraiment très très chaud et très très humide. Pas possible de dormir, du coup, je suis allée me balader la nuit dans les petits viccoli vénitiens.

Mais la nuit, il n’y a personne, c’est tout noir, un grand silence et donc quand on est perdu (ce qui est la règle et non l’exception là-bas), eh ben, on est vraiment perdu. Je suis donc rentrée vite malgré la magie de cette ville la nuit. On a fait les collections d’art contemporain, très bien et des glaces, pas contemporaines, mais bien quand même. Je fatigue… j’accélère… Ah si quand même, détail marrant, on s’est retrouvées prises dans une manifestation d’africains pour l’ouverture des frontières européennes : le grand canal, dernier endroit où j’imaginais une manifestation politique, mais c’était très bien vu, vu le nombre de touristes de tous les pays européens. Et après, Jeanne est partie et moi j’ai continué sur ma lancée, grisée par de nouvelles villes à voir, et surtout par cette impression géniale que quand on tourne la coin d’une rue, on ne sait pas ce qu’il y a derrière.

Je suis donc allée à Padoue où je me suis retrouvée à la grande basilique saint-Antoine, gros centre de pélerinage (la boutique est à mourir de rire, j’ai des images…) les confessions se font jusqu’à 23h en toutes les langues et j’ai pu admirer sous verre la langue, la mâchoire et les cordes vocales de Saint Antoine !!! et (merci du conseil, A. et C.), je suis tombée sur la grande photo de l’accident de camion (impressionnant mais logiquement pas de mort puisque c’était dans l’église pour remerciement et non pour accusation, enfin je suppose)….

Petite nuit dans une auberge de jeunesse glauque en partageant la chambre avec une vieille brésilienne assez chiante et le lendemain, je suis allée à Ferrare où j’ai manqué de me faire écraser par la foule de vélos et à Prato, où j’ai regardé le match Italie Australie à côté d’un vieil éméché qui a répété 15 fois de suite "arbitro venduto" en roulant bien le R. Je suis partie à la 44e minute en ratant donc le but, ce qui m’a permis d’apprécier l’acoustique de la vieille ville quand les cris de joie ont retenti de toutes les fenêtres… Puis Pistoia, autre belle ville toscane, d’où, complétement claquée, j’ai regagné Pise (en essuyant encore 2 retards de trains et deux ratages de correspondances).

Là, eh bien, j’ai soigné mes ampoules, j’ai rencontré des gens que je devais voir et assisté à un colloque – une des raisons objectives de mon séjour. Emilie est arrivée, et après notre dure expérience plage (déjà racontée) on est allées à Lucques, superbe ville médiévale qui a eu la bonne idée de transformer ses remparts en jardin public circulaire (et d’embaucher dans le restau où nous sommes allées un petit serveur italien mignon comme tout - on a failli rester là-bas tellement il était beau).

Mais après avoir raté le dernier train, on est rentrées en bus… Puis, le lendemain, Sienne, San Gimignano où on a passé une nuit, seulement une nuit, mais quelle bonne idée, dans cette ville superbe, déserte, d’éviter les hordes de touristes… et Florence qui atteignait des records de chaleur et de pollution et où on a vraiment eu du mal à rester vivantes. On a quand même fait la collection du Palazzo Pitti, (de très beaux Raphaël pour les amateurs) et les jardins du Boboli en espérant trouver un peu de frais. Raté ! En plus, j’ai lu dans le journal le soir que c’était l’endroit le plus pollué de la ville… ce qui explique sans doute les petits malaises qu’on s’est faits le soir… Ah l’Italie !

Allez, j’arrête là, j’en peux plus. Ce mail est vraiment très long, mais j’avais pas écrit depuis longtemps !! Je fais mon sac pour demain et en route pour de nouvelles aventures….

J’attends vos réponses et lance un grand concours du meilleur titre « objet ». Une bouteille de grappa à gagner.

Bises et bonne canicule à tous (hydratez les vieux - surtout Zidane)

24 juillet L’ITALIS DE PARIE

Bonjour à tous,

Un mail collectif sur l’Italie alors que je suis déjà rentrée en France depuis presque une semaine. C’est un peu étrange et ça vous paraît sans doute déjà nostalgique.

J’ai l’honneur d’annoncer que la bouteille de grappa a été solennement décernée à C. et E. pour leur titre de mail : "oberaffentittelgeil" expression allemande signifiant en traduction littérale : « au dessus des tétons d’un singe » et en traduction contextualisée : « C’est trop d’la balle » ou autre expression djeun’s à caractère tribale (dixit C.). Je tiens quand même à saluer tous les participants, en particulier un joli « digressions footballistiques » et un « De la vie sexuelle des mosaïques pendant la canicule ». Si vous voulez rencontrer les heureuses gagnantes (et goûter au grappa), la bouteille sera ouverte lundi soir lors d’un pic nic sur les quais auquel tous ceux qui le peuvent sont cordialement invités à se joindre (appelez-moi vers 20h30), ce soir donc…

Je voulais surtout raconter un peu mes deux derniers périples et parler un peu d’art parce qu’on ne va pas en Italie pour la plage, et heureusement vu l’état des plages. On m’a fait, sans que je ne demande rien, une lettre expliquant que je faisais des recherches en histoire de l’art, ce qui m’a permis d’entrer dans tous les musées nationaux gratuitement, et j’en ai bien profité… Outre les Offices, où je suis rentrée en courant avant la fermeture la veille de mon départ pour revoir La Vénus D’Urbino, le Bargello, le Palazzo Pitti (où il y a une madone à l’enfant de Raphaël qui donne envie de toucher la toile même quand on a passé les 10 ans), j’ai aussi fait à Florence l’Académie, completement prise d’assaut par les américains qui veulent voir David en vrai. Une loge a même été aménagée avec des sièges tout autour de la sculpture. Il faut quand même noter que les sièges sont nettement plus nombreux derrière David, ce qui permet d’admirer ses fesses, bien calée dans un fauteuil en cuir. Comme souvent et c’est dommage, les gens viennent seulement pour David alors qu’il y a des peintures du trecento superbes : dont un Arbre de la vie très impressionnant : il y a ce type de peinture dans tous les musées italiens, ça m’a beaucoup plu, c’est une sorte de patchwork de la religion catholique avec les racines qui ne changent jamais ; la genèse, la femme qui sort de la côte de l’homme, la pomme, le serpent et tout et après les branches sont remplies avec des vies de saints, des épisodes du nouveau testament ou des trucs historiques. C’est drôle parce que tout ça varie selon les époques et les régions, selon les cotes de popularité des saints etc…

Il y a aussi les captifs de Michelange à l’Académie : des blocs de marbre à peine sculptés d’où émergent des têtes des bras… comme le corps d’Atlas qui a sa tête confondue avec le bloc de marbre qu’il porte. C’est très beau et évidemment très moderne, mais c’est pas fait exprès, c’est juste que c’est pas fini. Ce genre de blague de l’histoire de l’art arrive souvent. J’ai donc fait les pinacothèques de Sienne, Pérouse, Bologne, Ravenne….. avec une telle profusion de peintures de Trecento que j’ai fait un cauchemar horrible sur les martyrs. C’est incroyable comme un détail dans un tryptique d’il y a 800 ans peut encore faire peur. La représentation est ultra simple, y a pas d’effet, c’est de la 2D basique et pourtant, j’ai hurlé en voyant le martyr de San Benedetto, celui qui se fait arracher la peau à vif avec un couteau de boucher, comme le martyr de Sainte Catherine, le supplice de la roue.. et toutes les représentations de l’Enfer dans les églises (celle de San Gimignano est atroce ; il y a un diable géant, tout droit qui ingurgite les hommes en brochette en ouvrant bien la bouche et les rejette plein de sang et d’os : les hommes sortent de lui tout verts avec le crâne broyé…)

Heureusement, ce cauchemar a été compensé par un des plus beaux rêves de ma vie : un rêve de Raphaël. J’en ai vu tellement dans chaque musée que, arrivée à l’expo Raphaël dans les galeries Borghese à Rome, je me suis crue dans un tableau de Raphaël et la nuit j’ai vu les paysages de la Toscane s’animer et tous les personnages du rêve avançaient très lentement avec des ports de tête impossibles et des regards doux qui se posaient lentement sur les choses. Le plus fort, c’était les drapés des gens : ils avancaient et leurs vêtements, robes pourpres, tuniques bleu ciel, gardaient un drapé impeccable… Une sorte d’overdose de tableaux en quelque sorte.

Autre hallucination, à Orvieto, pendant une grande fête dans les rues, j’ai cru voir Swann – le personnage de Proust – exactement comme je me l’imaginais, alors je l’ai suivi un bon bout de la soirée. Ça serait marrant de comparer comment vous l’imaginez, vous, parce que moi, je le voyais blond/roux, avec des gestes à la fois très nerveux et élégants, un regard qui oscille entre la mélancolie et l’ironie. Le type était pas très grand et avait un peu une démarche de marin….

Avec Raphaël, j’ai vraiment bien aimé Le Pérugin, que je trouve extrêmement fin et qui est vraiment mieux en vrai qu’en reproduction : le trait est plus précis et moins vaporeux que Raphaël, sans doute moins d’émotion dans les regards, mais j’ai presque autant aimé : il fait des paysages hallucinants, un peu heroic fantasy.

Bref, je vais pas m’étendre sur mes émotions esthétiques, je préfère en parler avec vous, mais j’ai vu des choses superbes, même dans les musées étrusques qui ont une grande tendance à être chiants parce qu’ils tiennent absolument à montrer tout ce qu’ils ont, et toutes les variations du motif du cheval sur les tombes. Mais à Volterra, il y a un chef d’œuvre qui s’appelle Ombre du soir : un jeune garçon sculpté tout en hauteur qui penche un peu et qui a un regard très doux…

Les musées nationaux sont dans une situation pire qu’en France et ils sont obligés de flécher chaque jour un parcours précis car les surveillants se déplacent avec le public puisqu’ils ne sont pas assez nombreux. A Bologne, je me suis faite engueuler parce que je n’avais pas encore vu le Raphaël à 5 minutes de la fermeture de la salle Renaissance. Ils ont dû m’accompagner pour que je puisse le voir (Sainte Cécile, c’est pas le plus beau, mais bon). Et après, comme je voulais me casser, on m’a rattrapée pour m’obliger à voir les salles baroques qui venaient d’ouvrir. Je pensais y échapper, mais en fait j’ai presque aimé Guido Reni que pourtant en général au Louvre je zappe.

J’arrête un peu sur la peinture, s’il y en a que ça intéresse, ça me ferait plaisir d’en parler parce que je suis vraiment une dilettante en goguette…

Je continue avec Ravenne. J’ai atterri à Ravenne parce qu’après mes extases sur les mosaiques au sol de la Basilique saint Marc à Venise, tout le monde me disait qu’il fallait absolument que j’aille voir celles de Ravenne. Une fois à Bologne, je me suis rendue compte que Ravenne n’était qu’à 4.80 euros de Bologne, du coup j’ai cru que c’était pas loin alors que c’était quand même presque 2h de train. Je m’attendais évidemment à trouver une ville byzantine comme on peut voir dans les reconstructions historiques en images de synthèse. Forcément déception : je m’étais déjà fait avoir il y a quelques années à Pompéi, justement à cause des reconstitutions en image de synthèse. Mais la déception était moins grande que quand je suis arrivée à Times Square à New York en croyant qu’il s’agissait d’une grande place avec un grand jardin calme… Je sais pas d’où me viennent ces délires… En tout cas, Ravenne n’a rien d’une ville byzantine et n’est pas très belle extérieurement, mais c’est là que j’ai trouvé les italiens les plus sympas. Tout l’intérêt de la ville est donc à l’intérieur des 6 ou 7 églises et baptistères de la ville qui sont couverts de mosaïques du 5e ou 6e siècle. Alors forcément, c’est beau, ça brille. J’étais quand même un peu déçue, sauf par le mausolée de Gala Placidia, un tout petit bâtiment couvert de mosaïques bleu/vert avec toute une palette de nuances et des contours flous. Je décerne même la palme aux mosaïques inondées d’une petite église assez moche, mais dont la crypte, aujourd’hui inondée par un mètre d’eau de nappe phréatique, abrite les plus vieux bouts de mosaïques de la ville, protégées par une armée de poissons rouges… Comme le gamin à côté de moi qui n’arrêtait pas de me hurler « Pesci » dans les oreilles comme si je les avais pas vus, j’ai été assez surprise de trouver des poissons dans la crypte d’une église. J’ai fini par demander et on m’a expliqué que le curé avait décidé d’aller au Jardiland local pour peupler la crypte, pas pour faire joli, mais pour éviter que les moustiques s’installent, puique les poissons font bouger l’eau. Pas con ! C’était évidemment superbe et je suis restée pendant 10 minutes à filmer les poissons avec le gamin de 6 ans.

Dans un autre ordre d’idée, j’ai mangé à Ravenne le meilleur kebab de ma vie (désolée V. pour le kebab de Berlin qui n’obtient que la médaille d’argent). Tellement bon que j’ai pris mon italien à deux mains ( = mon courage de parler italien) pour aller féliciter le type qui, connaissant le nombre de kebabs à Paris, a presque rougi d’honneur. Pourtant c’était juste le dernier truc ouvert de la ville : oui je sais, je fais toujours la connerie de me souvenir que je n’ai pas mangé vers 10h-11h du soir qd j’ai parcouru la ville en long et en large et que tout est fermé…

A Ravenne, après une après-midi passée à faire des travellings à vélo avec ma nouvelle caméra dans un parc un peu à l’écart où je m’étais perdue sur le chemin de la mer (que je n’ai jamais trouvée d’ailleurs), j’ai découvert une auberge de jeunesse où j’ai failli causer un infarctus à la gérante car quand je lui ai donné mon passeport, elle s’est mise à hurler que ce n’était pas possible. Elle a finalement réussi à m’expliquer que ma date de naissance était le jour exact où elle avait fugué de chez ses parents, qu’elle n’avait jamais revus depuis. Elle devait se croire très jeune puisqu’en théorie, elle me donnait 15 ans. J’ai donc provoqué involontairement un coup de vieux de 10 ans à une pauvre dame qui par ailleurs était fort sympathique.

Ravenne est aussi une ville fort sympathique qui prête des vélos gratuitement à ses habitants mais aussi à ses touristes. Du coup, tout le monde, mais vraiment tout le monde (sauf les culs de jatte… bien entendu !) est à vélo, ce qui commence à devenir dangereux pour les piétons (cf mon dernier mail sur Ferrare). Du coup, c’est comme à Pise, personne n’attache son vélo puisque tout le monde en a un et qu’ils sont tous pourris.

Je dois commencer à devenir une vraie voyageuse car je me suis réveillée un matin à Florence avec un cafard dans mon lit sans même hurler ni vouloir me casser le plus vite possible. Je devais partir de toute façon, et il me semble même que ce matin là, j’ai mis beaucoup plus de temps que d’habitude à préparer mes affaires et à rester dans ma chambre… C’est vrai que c’était le pire truc où j’ai dormi, c’était l’annexe d’une des annexes d’une pension religieuse où je voulais aller, complètement recouverte de médailles et de têtes de saints découpées dans du papier journal. Curieusement, c’est aussi la première fois que j’ai eu l’impression d’être dans une maison de passe, je sais pas trop pourquoi : l’attitude désinvolte et un peu malsaine de l’immonde vieille qui tenait ça peut-être. Cela dit, il valait mieux qu’ils soient pas trop regardant sur la propreté dans cette pension car ce soir là, je suis rentrée pieds nus d’un concert car il pleuvait trop et j’avais cassé mes chaussures (oui, les mêmes que j’avais cassé avant et qu’entre temps j’avais réparé -mal- avec de la ficelle et de la super glu). J’avais donc marché dans les flaques de Florence pendant 30 minutes, et ce n’est pas une ville très propre quand on regarde par terre, alors bon, le cafard, au point où j’en étais !

Le concert où je suis allée était une sorte d’hommage à Mozart dans un palais du XVIe richement décoré. Ce qui m’a marqué, c’est la même sensation que lorsque je suis allée voir une expo sur le Maghreb vu par les peintres occidentaux avec mon père et qu’au milieu de croûtes ou de tableaux mineurs du XIXe, il y avait les Femmes d’Alger de Delacroix qui ressortaient immédiatement. C’était il y a longtemps et je suis contente d’avoir pu faire le test avant de connaître Delacroix : en dehors de toute connaissance ou reconnaissance du tableau, on ne voyait que lui et il n’y avait pas de doute possible : c’était le seul à aller aussi loin. On se pose souvent des questions sur les classiques et sur l’admiration qu’on peut avoir pour les choses reconnues par d’autres, non ? Eh ben à Florence, c’était pareil, le quatuor a d’abord joué les contemporains de Mozart, alors on écoute bien parce qu’on est poli et que c’est beau. On commence à se dire que oui, ça ressemble à Mozart, que c’est pas mal, et au fur et à mesure du concert, on pense même que finalement Mozart leur a volé la vedette, que les autres valaient autant que lui, sinon mieux. Et quand arrive la fin du concert et qu’enfin on joue Mozart, la différenec apparaît tout de suite, c’est tout de suite un cran au dessus sans que j’arrive à mieux me l’expliquer et alors il n’y a plus de doute. Ce genre d’impression peut donner lieu à un affreux conservatisme, non ? La reconnaissance des choix de l’histoire etc… C’est quelque chose qui me fait assez peur et pourtant c’est la deuxième fois que j’éprouve cette impression de façon claire, qui enlève tous les doutes…

Je suis vraiment fatiguée, j’écris n’importe comment : toutes mes excuses, mais j’ai la flemme de reformuler…

Au final (et j’écris « au final » en toute conscience de cause et avec une certaine jubilation depuis qu’on m’a reprise assez violemment sur cette expression il y a quelques mois - ce doit être le plaisir de la transgression, exactement comme lorsque la dernière fois que j’ai fait un pic nic sur les quais, les flics sont arrivés pour nous dire « dites-donc les jeunes, vous comptez pas la boire en entier cette bouteille de Ricard ? » avec un petit ton paternaliste bien puant et que du coup, on s’est forcé à la finir alors qu’on pensait la ramener. Ah, même quand on est vieux, on est jeunes- grâce aux flics !). Au final donc, j’ai beaucoup fréquenté les auberges de jeunesse où je n’ai vu que des filles puisqu’elles ne sont pas mixtes. Il y a bien sûr beaucoup d’américaines qui se reconnaissent en général par le port sous le bras droit d’un guide intitulé « Europe in one month » ou « Europe for less than 30$ a day », mais aussi beaucoup d’allemandes, de hollandaises et de scandinaves qui me font toujours halluciner avec leurs énormes sacs de 60 kilos qu’elles se mettent sur le dos au saut du lit sans même pousser un soupir de souffrance et par le fait qu’elles sont toujours à poil (dans l’enceinte du couloir pas mixte j’entends). Il y a aussi les danois en famille et les espagnols en groupe (quelqu’un a déjà rencontré des espagnols en vacances qui ne se déplaçaient pas par groupe d’au moins 6 ?), et quelques français égarés, loin des hôtels guide du routard et des « bons petits restaus authentiques ». Non j’arrête, j’ai utilisé 2 ou 3 fois le guide du routard en Italie et c’est moins mauvais que pour Prague par exemple.

Puis je suis allée à Rome pour rencontrer un type que je devais voir depuis un moment, enfin surtout pour aller à Rome quand même. Le voyage était génial car on a pris un train Pise-Rome direct mais lent. Il longe la mer à une vitesse assez raisonnable pour admirer (et filmer) le coucher de soleil. Ce voyage était très drôle parce que je suis partie avec un autre français et qu’on a traîné un italien qui n’avait jamais vu Rome de sa vie. Je me suis donc retrouvé à faire visiter Rome, plan à la main à un italien que ça faisait beaucoup rire. J’essayais de lui traduire mon guide et à vrai dire je comptais un peu sur lui pour ne pas trop passer pour une touriste, et j’attendais un peu qu’il prenne la parole pour montrer qu’on avait dans le groupe un des leurs, mais non, il m’a laissé parler et demander les trucs avec mon accent. Il est juste intervenu quand on a commencé à me parler en anglais. C’était vraiment rigolo, d’autant plus que je connais bien Rome maintenant et même les détails du genre l’emplacemnet exact des deux Caravage dans l’église de la Piazza del Popolo que je voulais absolument leur montrer ce qui fait qu’on est arrivés en courant et en sueur juste avant la fermeture. En plus, à chaque fois que je demandais mon chemin (Rome n’est pas Venise, mais je ne suis pas Ariane), je tombais sur des français et du coup, on discutait un peu sans que le mec qui nous accompagnait ne capte rien alors qu’après tout, c’est la capitale de son pays). On a quand même fini par comprendre pourquoi il y avait tant de français dans ce quartier quand on est tombé sur un orchestre symphonique entamant la Marseillaise devant le Palazzo Farnese (l’ambassade de France) : c’était la veille du 14 juillet !

Rome est superbe, une vraie grande ville, polluée, complètement surpeuplée, complètement folle et complètement contrastée. On ne sait jamais trop si les bouts de ruine qu’on voit sont romaines, néo romaines, imitation baroque ou revival Mussolinien. L’équivalent de notre tour Montparnasse pour laquelle la meilleure façon de l’éviter est de monter dessus est le Vittoriano, monument enorme, blanc et moche juste en face du forum, qui fait de l’ombre au Capitole (qui lui ne fait pas semblant d’être beau). Ce bâtiment est surnommé la machine à écrire ou le gâteau d’anniversaire par les italiens mais j’ai aussi entendu « la grosse merde », mais ça, ce n’est pas marqué dans les guides… Je crois que mon endroit préféré à Rome, à part les parcs verts et grands qui se cachent derrière des portes minuscules d’églises et de couvents, qu’il faut savoir découvrir, c’est une place qui n’a pas de nom, mais qui est à côté d’une rue qui s’appelle Largo Argentina et qui est une espèce de chantier de fouilles déserté (un peu genre les thermes de Cluny, mais sans les grilles), en contre-bas et occupé par une colonie de chats. Ils sont vraiment des milliers et ils ont la belle vie au milieu des théâtres chics, des sex-shops et des restaurants pas bons (oui il y a tout ça là bas). C’est un endroit magique la nuit quand on ne voit que des centaines d’yeux dans le noir. Une autre particularité est que Rome est une ville peu éclairée, ce qui fait qu’on se croirait perpétuellement dans quai des brumes sauf que la brume est de la poussière, qui envahit la ville dès qu’il y a un peu de vent, à cause du nombre de ruines et de terrains vagues au kilomètre carré et qu’il y fait nettement plus chaud…

Autre chose que j’aime bien à Rome, à part son nombre incroyable d’endroits glauques et une certaine forme de vulgarité qui voisine avec une religiosité qui m’a paru sincère (dans le bâtiment même de l’église des Caravage à la Piazza del Popolo avait lieu une exposition sur l’histoire de Miss Italia sponsorisée par la Rai Uno, par exemple), c’est la ligne de métro C qui n’existe pas puisque depuis le lancement des travaux il y a déjà plus de 30 ans je crois, on n’arrête pas de trouver des choses à fouiller et à analyser. Elle est donc appelée la ligne blague ou la ligne virtuelle, ça dépend. Il n’y a donc que deux lignes de métro à Rome, quasiment inutiles vu la taille de la ville. Les bus sont donc surbondés et tout le monde a une voiture. Si on ajoute que souvent, on a supprimé les feux rouges plus dangereux qu’autre chose puisque quelqu’un qui a le feu vert croit qu’il peut avancer sans regarder alors que bon, de l’aute côté, y a toujours quelqu’un prêt à griller un feu rouge. Du coup, c’est le joyeux bordel de la priorité et de la cordialité (non je déconne, c’est juste celui qui avance en premier qui gagne). La première fois que je suis allée à Rome, y a un vieux qui m’a prise par le bras pour me faire traverser la route parce que ça faisait 10 minutes que j’attendais tranquillement en rêvassant que le feu passe au vert sauf qu’il y avait pas de feu.

Les garçons de café romains sont pires qu’à Paris et c’est pas peu dire. L’italien avec qui on était a pas arrêté de nous dire que jamais il ne pourrait s’habituer à l’accent romain, que ça sonnait de façon très malpolie pour lui (qui est vénitien). Si Milan et Rome se partagent le rôle de capitale en Italie (c’est plus complexe que ça mais bon), Milan a la réputation d’être une ville orgueilleuse et superficielle tandis que Rome a celle de la vulgarité et de la facilité. Deux idées fortes qu’on retrouve sur Paris… sauf que Paris concentre tout alors c’est encore pire…

J’ai assez peu écouté mon mp3 pendant ce voyage par rapport à New York, sans doute à cause de mon expérience malheureuse à Londres en fevrier dernier où j’ai vraiment failli me faire écraser 3 fois par les voitures qui en plus venaient de droite, mais j’ai quand meme continué mes experiences musicales de contrastes d’ambiance : l’expérience la plus réussie était une arrivée à Bologne sur du Purcell un samedi soir (Bologne est une ville très étudiante où l’on fait la fête, alors vous imaginez l’ambiance d’un samedi soir par 35 degrés). Cette habitude me vient d’une fois où je me suis retrouvée coincée dans le championnat du monde de tunning (le sport de beauf qui consiste à payer très cher pour décorer sa voiture) vers le circuit de Magny-Cours vers Nevers. J’étais toute seule dans ma R5 pourrie pas tunnée pour un sou. Les gens ont un peu commencé à se foutre de ma gueule. Et là, mon autoradio a décidé de répliquer en jouant les arias de Bach. J’ai adoré le contraste d’ambiance alors depuis je m’amuse à recréer ça. J’aimais bien à New York multiplier les types d’ambiance musicale. L’exemple le plus réussi était un voyage en écoutant Brassens dans un bus pourri du New Jersey à 1h du mat où j’étais la seule blanche… Bref.

Je vais pas tarder à arrêter quand même : ce mail est tellement long que je comprendrais parfaitement si je n’ai de réponse qu’en septembre… Juste un truc pour finir : en Italie, les trains ont toujours 28 minutes de retard car au dela de 30 ils remboursent. 29, ca fait un peu trop « on vous ment » alors ils ont choisi 28, même quand tout le monde sait qu’on a 46 minutes de retard. La force de la methode Coué, ou plutôt la force du collectif…

J’ai donc passé une cinquantaine de jours merveilleux dans un pays peuplé de perspectives grandioses, de peintures lumineuses, de routes et de rails absurdes et denses entrecoupés de pauses glaces accueillantes, dans un pays qui amènage des confesionnaux pour handicapés et en toutes les langues, le tout sous un soleil de premier jour (si l’on ne tient pas compte du réchauffement climatique)…

Grosses bises à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures.

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