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Les aventures exhaustives d’un drôle de personnage. Ses amours, ses chapeaux, ses activités extra-scolaires... Extraits
 

Tant erra messires Gauvain
quant il se fu partiz d’Agrevain
sanz aventure trover



Chapitre 1 : Un début quelconque

Ou comment parler du héros alors qu’il n’est même pas là

Après avoir évoqué, en dilettante bien sûr, les milliards engloutis dans la conquête de l’espace, la dégradation sans espoir de la situation économique mondiale, cette putain d’Europe dirigée par des guignols qui n’ont jamais vu une vache de leur vie, cette France qui, décidément, ne vaut plus rien et se laisse rouler par des Ricains qui veulent nous faire croire que c’est pour notre bien qu’on nous confisque les avions, et Paris, ah oui Paris, sale, vieille, pauvre, triste, qui n’est plus ce qu’elle était, il en vient, dans un dernier mouvement de zoom qui pose comme centre du monde le tabouret où sont posées ses fesses, à cette rue perdue dans un recoin de Paris, à ce bout de place, à ce triangle sacré du bar tabac, de la boulangerie et de la pharmacie, à ces treize trottoirs, ces quatre voies, ces trois boîtes aux lettres, ces cinq poubelles. Et là, c’est pire que tout, c’est le neuvième cercle de l’enfer : le boulanger nous vole, les poubelles ne sont pas ramassées, le lampadaire ne marche plus, on glisse sur les crottes de chien, le prix des fruits a augmenté, on ne trouve jamais de place pour se garer. Léon écume de rage, c’est à peine si les policiers ne deviennent pas des espions russes, le buraliste un assassin, et le coiffeur le chef d’un réseau de prostitution infantile. Et puis tous ces gens, vous les avez vus ? Mo’ ? Mo’ a le regard éteint, il n’écoute plus, il attend impatiemment qu’on serve un sixième muscadet à Léon.

« - Mo’, vous avez vu, ils sont tous fous, non mais vous avez vu comment les gens s’habillent, les filles, à douze ans, ce sont déjà des putes, vous avez vu la petite Maria, la fille du coiffeur, et ben je suis sûr qu’elle fait le mur pour aller traîner avec les loubards du bas de la rue, et même si son père le savait, je suis sûr qu’il dirait rien, aucune morale, cet homme-là, et les gosses du collège à côté, même pas de poils au menton que déjà ils se prennent pour des durs, vous bousculent sans même vous regarder, aucun respect. Il y a quelque chose de pourri dans cette époque (« something rotten here » ne pensa-t-il pas), moi je vous le dis, Mo’. Sans parler de tous ces glandeurs, rien d’autre à foutre de leur journée qu’à se promener avec un air inspiré, ils m’énervent, moi ! Y en a un en particulier dans la rue là, je le vois tous les jours, mais il faut les enfermer des types comme ça. Celui-là, il est dangereux, hier, je l’ai vu demander au boucher avec un air ahuri où il pouvait trouver un canard vivant. Dieu sait ce qu’il voulait en faire… Triste époque !
-Ah, oui, celui qui est toujours habillé bizarrement ?
-Bizarrement ? N’importe comment oui ! Comme un clochard tu veux dire, y’en a vraiment qui ferait tout pour se faire remarquer.
-Oui, je vois, Mirouse : un doux rêveur…
-Un doux rêveur ? Un vrai taré, tu veux dire. »

[…]

Chapitre 5 : Les adjectifs

Ou comment illustrer ce qu’on vient de dire en développant un autre exemple

La vie de Mirouse prit une teinte nouvelle le jour où il découvrit les adjectifs : ce fut comme une révélation, il y a tant de choses à qualifier, tant de mots, tant de choix ! Tumultueuse eut sa faveur, ça sonnait si bien « une journée tumultueuse », « une humeur tumultueuse », « une joie tumultueuse »… il se prit même un jour à dire « une tomate tumultueuse ». L’adjectif, dans sa bouche, se faisait bonbon et le « t » glissait entre ses lèvres à la manière d’un cigare.

Puis il se lassa de tumultueuse, il avait beau l’essayer au masculin, rien à faire, le mot avait perdu de sa nouveauté. Ce fut alors les adjectifs courts qui le firent vibrer. Toute une ribambelle de vifs, beaux, nets, brefs, niais, bleus se pressaient dans ses phrases, sans crier gare, ils s’accouplaient à tous ses mots : attendez-moi un vif instant, certes, c’est un événement, un net événement. Mais ces adjectifs n’étaient que des secousses dans son discours, ils n’avaient pas la saveur première du lent et majestueux tumultueuse.

Ils furent assez rapidement remplacés par des adjectifs plus longs, de plus en plus savants, les sonorités grecques lui plaisaient comme tout ce qui tournait autour de l’univers médical : hypocondriaque, fissipare, psychotique, pogonologique, varioleux. Il appréciait tellement les sonorités étranges qu’il se mit à en inventer. Zébulonien et zébuloniaque étaient ses préférés, et c’est peu dire qu’il tenait à la différence. Dit abstraitement, ne pouvait être qualifié de zébulonien ce qui ne l’était exclusivement que par nature, zébuloniaque ne montrait que le processus ou la chose en devenir. Quant au sens profond de ces adjectifs, il ne le dévoilait jamais, c’était à ses interlocuteurs qu’il revenait de trouver ce qu’il pouvait bien y avoir de commun entre une conversation zébuloniaque, une femme zébulonienne, une grippe zébuloniaque ou encore un fauteuil zébulonien. Lui était zébuloniaque de façon définitive, affirmait-il fréquemment, ce qui ne manquait pas de surprendre ses interlocuteurs qui pensaient avoir compris la subtile différence entre le -nien et le -niaque. C’est qu’il avait toujours été ainsi, mais toujours par effort, expliquait-il avec un sourire amusé à qui avait la patience de l’écouter.

Un beau jour où, devant sa glace, il s’entraînait à choisir vite ses adjectifs, il s’aperçut qu’il était possible de les accoupler, et même d’en faire des suites. Cette multiplication soudaine des possibilités du langage le fit éclater de rire, d’un gros rire puissant et gras de démiurge. C’étaient des milliers, des millions de possibilités supplémentaires de se fendre la poire. Et les occasions de se fendre la poire, Mirouse n’avait pas vraiment l’habitude de les laisser passer. Il élabora alors ses propres adjectifs composés, il aimait beaucoup utiliser « antalgique », qui, avec son préfixe en an- et son suffixe en –ique se prêtait à toutes sortes de petits jeux comme marrant-antalgique ou antalgique-comique qu’il changeait parfois en antalgico-comique, ce dont il était très fier car c’était exactement le mot qui correspondait à sa vision de la vie : en effet, se disait-il en riant devant son miroir, qu’est-ce qui calme le mieux la douleur sinon le rire ?

[…]

Chapitre 8 : Le carnet de dates

Ou comment se forme une résolution

Mirouse avait l’habitude de noter dans un vieux carnet d’écolier les dates de choses qu’il jugeait importantes. Il le consultait régulièrement pour fêter secrètement les anniversaires des événements que d’ordinaire on oublie.

Ce soir, Mirouse est assis à sa table de travail devant la fenêtre qui donne sur la rue. Sous ses yeux est ouvert un vieux carnet bleu dont les spirales sont rouillées. Sur la couverture, le nom de Mirouse, qu’il s’est choisi pendant ses années d’école, est tracé d’une écriture enfantine. Cela fait déjà plus d’une semaine qu’il n’a pas ouvert son carnet, il a laissé passer plusieurs anniversaires importants, en particulier celui de son premier souvenir, auquel il tient tellement, le trente-huitième anniversaire de son premier contact avec le cirque. Curieusement, il fut effrayé par les clowns, on dut l’emmener dehors le temps du numéro, mais les trapézistes le fascinèrent. Le souvenir le plus vif, son premier souvenir tactile, eut lieu pendant la visite de la ménagerie, lorsqu’on lui permit, à lui, garçonnet d’à peine 4 ans, de monter sur le lion du cirque et de lui caresser la crinière. Le lion grogna lorsque Mirouse lui murmura « je t’aime » à l’oreille. Premier lion, premier « je t’aime », première surprise. Premier rejet, aussi.

La commémoration de ce souvenir consistait à extirper son vieux lion en peluche d’un placard et à l’amadouer en le caressant jusqu’à ce qu’il se soit suffisamment laissé aller pour lui graver une petite croix juste sous la crinière. Il posa la trente-huitième croix. Puis vient l’anniversaire de sa découverte du violet, non pas qu’il n’ait pas remarqué l’existence de cette couleur avant l’âge de 6 ans : il s’agissait plutôt de la découverte du mélange du bleu et du rouge. Ce jour-là prirent fin ses interminables tergiversations, lorsque devant ses dessins d’enfant, il était capable d’hésiter pendant des heures entre le feutre bleu et le feutre rouge. La possibilité de concilier ses deux couleurs préférées le rendit dorénavant beaucoup plus confiant dans la marche du monde. Cette découverte lui fut souvent utile, par exemple lorsqu’il décida de repeindre sa cuisine et que, comme devant ses feutres d’enfant, il se mit à hésiter entre le pot de bleu océan et celui de vermillon, l’intuition subite de mélanger les deux pots de peinture le sauva, ainsi que sa cuisine qui arbore depuis ce jour-là un magnifique violet profond. Il décida que désormais, le violet serait sa couleur préférée.

La seule façon de commémorer dignement cet événement était de se rendre dans la cuisine et de repeindre un petit carré du mur d’un violet légèrement différent, car le mélange du bleu et du rouge, entre autres qualités, était infini : on ne pouvait jamais obtenir deux fois le même violet. Mirouse s’exécuta et peignit avec dévotion un petit carré de mur, juste au-dessus du frigidaire. « Vivement le prochain anniversaire », pensa-t-il, car il s’aperçut qu’une bonne partie du mur du fond avait besoin d’être repeinte.

[…]

Chapitre 13 : Mirouse surfe

ou comment Mirouse rencontra les sites de rencontres

[…] Fatigué de la folie et se jurant bien de ne pas retoucher à ce genre de femmes, Mirouse fut rassuré lorsqu’un matin, il ouvrit le journal et qu’un journaliste, qui se contentait, comme bien souvent, de recopier des chiffres et des lettres qu’on lui avait envoyés, lui apprit que seulement 3.8 % de la population féminine était considérée comme folle. Mirouse décida donc de suivre la voie du commun des mortels pour éviter autant que possible de tomber sur des femmes hors du commun mais pourtant bien mortelles. Ces femmes, comme Véronika, aussi exaltantes soient-elles dans les premiers temps, lui faisaient désormais peur, et l’angoisse perpétuelle de devoir plonger dans l’eau froide une fois qu’elles s’y sont jetées sans crier gare, le rongeait. Bêtement, il demanda autour de lui comment rencontrer une femme. Bêtement, il écouta la réponse, acheta un ordinateur et se le fit livrer exprès pour pouvoir « surfer », comme lui avait dit le vendeur, sur les sites de rencontres.

Au bout de deux heures de lecture intensive des petites annonces sur Internet, Mirouse se trouvait dans un monde peuplé de passionnées de randonnées et de plaisirs nature, de chevaux et de sports collectifs, de bonne cuisine et de feux de cheminées : Mirouse s’était trop concentré sur les femmes de sa classe d’âge.

Il revint quelques pages plus haut, dans la rubrique 20-30 ans, en touriste, mû par la même curiosité qui nous fait désirer plus que tout de découvrir à quoi ressemble une boîte de nuit quand on a 12 ou 13 ans.

Là, un univers de créatures aux mensurations de rêve, coquines, sensuelles, libres, sans complexe se déployaient au milieu de quelques spécimens qui mettaient en avant leur « discrétion », femmes qui par ailleurs n’hésitaient pas à se déclarer « pleines de surprise », « indomptables »… Mirouse ne comprenait vraiment pas ce que venait faire la discrétion dans cette histoire. Dégoûté par le nombre d’annonces qui cherchaient une femme ou un autre homme pour des « ébats à trois chaleureux et décontractés », Mirouse revint aux « 40 et + » qui, avec l’âge, devenaient plus « câlines, tendres et douces » que leurs cadettes.

Mirouse somnolait déjà à moitié parmi les « nouveaux départs », les « vies de couple harmonieuse », la stabilité, l’épanouissement et le développement personnel, le respect mutuel, - cela lui rappelait immanquablement son premier (et unique) entretien d’embauche, il y a déjà une bonne vingtaine d’années - quand soudain il tomba sur l’annonce la plus courte de la page, et immédiatement, il eut l’intuition que si cette annonce avait vraiment été rédigée par une femme, alors, c’était la bonne :

Toi aussi, tu ne peux te résigner à mettre un point final à ta vie sexuelle ? Essayons ensemble. C. 50 ans [REF 667-0342]

Ce qui séduisait avant tout Mirouse, outre le fait d’être tutoyé, ce qu’il appréciait depuis sa plus tendre enfance, c’était l’ambiguïté du message de C. : s’agissait-il de renoncer ensemble à toute vie sexuelle ou de se retrouver entre gens qui n’ont pas l’intention de renoncer, et donc de passer à l’acte ensemble ? Mirouse n’arrivait pas à trancher. Puisqu’il y avait des gens qui passaient des annonces pour trouver des gens avec qui « parler du passé en tout bien tout honneur » ou pour trouver « le compagnon idéal de leurs sorties culturelles », Mirouse ne voyait pas de problème à diffuser une annonce pour renoncer ensemble à faire quelque chose. Il n’y avait pas de quoi alerter la gendarmerie : C. ne songeait probablement pas au suicide.

Après avoir passé une bonne moitié de la nuit à cogiter, Mirouse se décida à cliquer sur la référence. Il remplit consciencieusement les cases qui lui étaient destinées : nom ou surnom (il trouvait que son prénom faisait déjà assez surnom sans avoir à s’en trouver un autre : il écrivit donc « Mirouse » deux fois), région, adresse email. En guise de « profil », il ne savait qu’écrire. Il voulut écrire « trois-quarts », mais fit une faute de frappe. Ce fut donc « tros-quarts » qui partit dans les méandres des fichiers électroniques du site de rencontres qui se vantait, en rose fluo animation flash, de posséder « plusieurs dizaines de millions de profils », comme si cette information pouvait vraiment donner envie à Mirouse de participer à cette fête collective du rut.

[…]

Chapitre 15 : Comment Toine trouva Mirouse, lequel il aima toute sa vie

Ou comment expliquer comment naît l’amitié, en général, et sans prononcer un seul mot de philosophie

Il nous faut maintenant revenir aux temps immémoriaux où Toine ne connaissait pas Mirouse, où Mirouse n’était pas Mirouse et où ni l’un ni l’autre ne se serait douté qu’ils se trouveraient et se retrouveraient amis pour la vie.

C’était un jeudi soir et c’était dans une grande ville. A cette époque, Toine, qui pensait penser plus clairement que tout le monde, surtout quand il pensait seul, aimait manger seul au restaurant. Pourquoi payer cher ce qu’on va manger froid par politesse ? Lassé de la compagnie des hommes comme des bons plats dont on ne peut profiter parce qu’il faut faire la conversation, Toine attendait son ris de veau. L’air était agréable, c’était le début du printemps. Sa misanthropie naissante et une sorte de cynisme que lui avait inculqué l’exercice de la philosophie davantage que les aléas de l’expérience humaine avaient ce soir-là bien du mal à étouffer une jubilation qui palpitait comme un petit grelot au fond de lui, comme une envie de se laisser porter et aller aux petits bonheurs simples de l’existence.

Pour le dire autrement, Toine avait le cul entre deux chaises.

C’est pourtant les deux fesses bien calées sur la banquette du restaurant qu’il vit entrer Mirouse. Comme tous les clients du lieu, Toine vit d’abord un chapeau de feutre violet à larges bords, des bottines montantes en cuir clair et un pardessus aux manches larges comme des ailes, venu d’un autre âge, avant de voir Mirouse.

Immédiatement, mû à la fois par un trop-plein de solitude mal assumée et par les premières bouffées de chaleur humaine qu’apporte le printemps, Toine eut envie de connaître Mirouse. Mieux, il voulait en faire son ami.

Sans autre concertation avec lui-même, Toine attaqua Mirouse qui s’était assis à côté de lui sur la banquette, pendant qu’il regardait la carte :

« Très bon ce petit blanc, je vous le conseille ! »

Mirouse tourna la tête vers son voisin de droite, sourcils levés, bouche fermée. Et, tout aussi lentement, plongea son regard vers la carte.

« Mais ça dépend de ce que vous voulez manger bien sûr »

Nouveau regard de Mirouse, plus curieux et interrogateur, mais tout aussi silencieux.

« Enfin, vous faites comme vous voulez, je ne travaille pas ici, moi, vous savez. Simple conseil d’ami. »

Toine attendit une minute avant de se relancer :

« Vous venez souvent ici, non ? J’ai l’impression de vous avoir déjà vu… »

C’était un mensonge bien sûr : on ne pouvait pas avoir l’impression d’avoir déjà vu Mirouse, on l’avait vu ou pas. C’était simple. Mais le premier mensonge de la ligne plus ou moins droite qu’on appelle relation est bien souvent le plus nécessaire.

Nouvel haussement de sourcils sans regard sur le côté de Mirouse. Décidemment plein d’énergie et d’espoir, Toine essaya autre chose :

« Vous avez entendu les informations, aujourd’hui : ils vont probablement nous couper l’eau quelques heures par jour cet été, à cause de la sécheresse. »

Aucune réaction de Mirouse. Toine en vint à croire que le personnage ailé et haut en couleur assis à côté de lui ne parlait pas le français. Encore un vieil américain échoué à Paris pour y réfléchir, puis, ayant bien réfléchi, y mourir. Il eut une subite remontée de cynisme philosophique, vite contenue lorsqu’il entendit Mirouse commander un bœuf bourguignon sans une pointe d’accent, ni américain ni bourguignon. Avec du rouge. « Un Cahors 1999 », prononça-t-il distinctement en tournant la tête vers son voisin de gauche, en signe de provocation, peut-être.

Toine reprit alors espoir et essaya la corde sentimentale :

« Vous vivez seul ? Vous n’avez pas de famille ? »

puis la corde de la solidarité masculine :

« C’est pas mal, en fait, le restaurant tout seul : on peut observer les gens autant que d’habitude, mais on n’est pas obligé de leur parler. »

Sourire complice renvoyé comme un boomerang par une mâchoire résolument fermée.

Alors, Toine adopta un autre type de langage :

« Donc, vous n’avez pas envie de parler … et c’est même précisément pour ça que vous venez tout seul au restaurant … surtout à moi, non ? Je vous insupporte ? Des types dans mon genre qui se disent enchantés de leur solitude et sautent sur les gens à la moindre occasion, vous en avez vu un paquet maintenant, j’imagine … et vous pouvez plus les piffrer… Je comprends… »

Toine et sa lassitude replongèrent dans un ris de veau de plus en plus maussade. Pour quelques minutes de mastications silencieuses, mais néanmoins partagées. Puis, à court d’idées, Toine se lança dans quelques ouvertures aussi désordonnées qu’improvisées :

« Et vous avez des animaux domestiques ? »

« Vous avez une maison de campagne ? »

Mirouse leva les yeux et honora Toine d’un regard morne.

« Vous pratiquez un sport ? Moi j’aime bien les sports collectifs, genre handball, volley, vous voyez, mais bon, ici, c’est difficile… »

« Vous êtes à la retraite ? Sans vouloir vous offenser bien sûr… »

Nouveau regard vitreux. Transparent d’incompréhension, comme, avant de se transformer en prince, un crapaud regarde une princesse qui tient absolument à l’embrasser.

« Vous aimez les fraises ? non je demande parce qu’ici, il paraît que la tarte aux fraises est délicieuse ! »

De guerre lasse :

« Et sinon, vous en pensez quoi de l’adoption homosexuelle ? »

« Vous connaissez le boulanger, au coin de la rue ? Il est fameux, et en plus, il est ouvert le dimanche. Moi j’y vais toujours le dimanche matin pour m’acheter des pains au chocolat. On s’y croisera peut-être à l’occasion… »

Changeant de ton pour essayer encore et encore de briser la glace :

« T’as vraiment bien fait de prendre le bœuf bourguignon. Il a une bonne gueule. C’est bon ? »

« Tu sais, je me suis toujours dit, on parle jamais assez aux gens, tu trouves pas ? »

Toine se mit à rire comme un alcoolique qui resterait seul, le dernier à avoir l’esprit net, après une soirée arrosée.

« Et puis pas de bol, hein, c’est tombé sur vous ! Je suis désolé en tout cas ! Si vous me permettez de vous revouvoyer, mais vous avez l’air de permettre pas mal de choses, vous… »

Et comme un dernier mot qu’on prononce sur le pas de la porte en quittant des amis, Toine lança :

« Vous avez un bien beau chapeau en tout cas ! »

Ce fut comme un déclic. Mirouse tourna vivement la tête vers son voisin, puis les épaules et le buste, posa un coude sur la table, s’essuya la bouche avec une serviette à carreaux, et commença calmement la conversation, comme s’il venait de remarquer Toine :

« Figurez-vous, mon cher monsieur, …. »

Chapitre 16 : L’histoire du chapeau

Ou comment un monologue peut aussi être une digression

« Figurez-vous, mon cher monsieur, que ce chapeau a, comme moi, comme vous, et j’ose l’espérer, comme la plupart de nos contemporains, une longue histoire. J’en fis l’acquisition le 12 juillet 1985 à Francfort, Allemagne. Je me trouvais sur place pour ce qu’on pourrait appeler pédantesquement une délégation. Pour dire vrai, j’accompagnais une jeune personne du Ministère des Affaires étrangères qui était en délégation. Le but de son voyage avait à voir avec des transferts de prisonniers politiques, mais je ne peux vous le dévoiler davantage, car je n’avais été embauché pour cette mission que sur la foi de ma discrétion, que l’on avait recommandée au chef de service. Le but de mon voyage, en revanche, peut être aisément dévoilé : j’étais les yeux et les oreilles de cette jeune personne, malencontreusement nommée Valérie, j’étais sa carte de crédit, son agence de voyage, son guide culturel, éventuellement son confident. Mais je n’avais réussi à devenir son amant. Situation terriblement frustrante : elle avait le pouvoir et je n’étais que son subordonné sans être son chevalier servant. Nous étions à Francfort depuis le 5 juillet. La semaine avait été bonne : les négociations avançaient. Rien n’était encore signé, mais nous avions bon espoir d’être rentrés à Paris pour le soir du 14 juillet. Plus précisément, Valérie avait bon espoir d’être de retour en France pour la fête nationale, moi, je ne pensais qu’à rester quelques jours de plus avec elle, et mon bon espoir se situait plutôt dans un rapprochement inespéré de nos deux corps avant la fin du séjour, autre genre de fête nationale sans flon flon ni musique mais qui mériterait peut-être de planter un drapeau, un beau drapeau violet sur son corps enfin conquis. Coupons court sans plus tarder car ce que j’attendais n’eut pas lieu. La négociation aboutit, nous rentrâmes à Paris le 20 juillet sans que je puisse avoir l’occasion de voir si Valérie avait su aménager et décorer sa chambre d’hôtel avec goût.

Il se trouve que le 12 juillet, en fin d’après-midi, tandis que nous cheminions à travers la vieille ville pour rentrer à l’hôtel, un orage d’été éclata. Ce fut un bel orage d’été : rafraîchissant, terriblement attendu et soudain à la fois. L’orage dura peu mais fut violent : des trombes d’eau martelaient le pavé allemand et l’eau s’écoulait en ruisseaux à travers les vieilles rues.

En soi, rien de grave : Valérie sortit un cardigan qu’elle se mit sur la tête pour se protéger. Et moi ? Moi, je rentrai en courant dans le premier magasin ouvert et venu pour me protéger.

Mais pourquoi diable Mirouse – j’en profite pour me présenter, de façon un peu cavalière, je suis prêt à l’admettre – aurait-il besoin de se protéger ? Lui qui a connu, en plus des vents et des marées qui sont le lot de tous, les frimas des grands froids, la canicule africaine, le givre et la grêle, les premières et les dernières neiges, la mousson et la sécheresse, comment a-il pu courir dans la première boutique venue lors du premier orage d’été allemand venu ? Si vous me le permettez, pour expliquer cet événement un tantinet surnaturel, il me faut revenir quelque peu en arrière. Au 2 février 1985. Presque six mois auparavant. La date de la découverte de mon premier cheveu blanc, sur la tempe, à gauche. Jour maudit si l’homme a encore le pouvoir de maudire quoi que ce soit…

" Il l’a, il l’a, interrompit Toine, d’un geste grave de la tête."

" Merci ! Donc, jour maudit du premier cheveu blanc, rapidement suivi hélas d’autres jours non moins maudits mais nettement moins marqués de croix rouges de l’apparition des autres cheveux blancs. Deux fois maudits ces autres cheveux blancs qui ne peuvent même pas se targuer de l’honneur de la primeur.

Ce n’est que quelques mois plus tard que je décidai d’agir contre cette invasion de vieillesse sur mon crâne, en choisissant, je l’avoue, une solution à faible teneur en extravagance. Je commençai à me teindre les cheveux au mois de juin : un beau noir corbeau encore plus noir que ma couleur naturelle. Cette nouvelle couleur mettait remarquablement bien en valeur mes premières rides et me donnait un air à la fois sûr de moi et mystérieux. J’étais conquis ! Et comptais bien, avec ma nouvelle tête, conquérir Valérie, dès que j’en eus fait la connaissance à la fin du mois de juin et que j’eus appris que j’allais devoir l’accompagner à Francfort.

Mais, quand il se mit à pleuvoir à verse sur la grand-place de Francfort, j’eus subitement peur que l’eau chaude d’été fasse perfidement déteindre mes cheveux sur ma belle chemise blanche. Et c’est donc par crainte du ridicule et de l’effondrement de mes projets amoureux déjà bien incertains que je me ruai dans cette boutique.

Venons-en au chapeau, donc. Ce chapeau, que vous voyez encore sur ma tête tandis que je mange, ce chapeau se trouvait, vous vous y attendiez, dans cette boutique. Il s’agissait d’un bric-à-brac, d’une de ces friperies où attendent d’être vendus, alignés en bonne amitié, des vêtements militaires et des tabliers de campagne. Sur une étagère, à droite de la porte, je m’emparai du chapeau violet, attiré, comme vous commencez sans doute à le sentir, par le violet comme le taureau par le rouge.

Il m’allait à merveille. Faisant semblant de ne pas se rendre compte – ou peut-être ne s’en rendait-il vraiment pas compte, ce qui fait de lui un très mauvais commerçant – que j’allais acheter ce chapeau, quand bien même il aurait commencé à m’insulter, à me cracher dessus, ou à me jeter des torchons au visage, le vendeur commença à m’expliquer que le chapeau était arrivé trois ans auparavant au magasin dans un lot de costumes de théâtre provenant d’un petit théâtre du sud de Francfort qui avait fait faillite. Mon chapeau avait vécu, au fin fond d’une caisse dans les coulisses d’un petit théâtre, dans la promiscuité la plus totale avec des guêtres shakespeariennes et des jabots cornéliens. Le théâtre était spécialisé, paraît-il dans le répertoire brechtien, et mon chapeau était la pièce maîtresse de toutes les fables politiques de Brecht jouées sur ces planches où désormais on ne fait plus rien, pas même le pain. Je pus aisément imaginer, sous mon chapeau, des générations d’acteurs grimés, yeux noirs, nez rouges, bouches blanches, caricatures de caricatures. Personnages de théâtre politique : paysans naïfs accédant à la conscience de classe en une heure trente, ouvriers hurlant en cœur, commerçants avares dissimulés sous ses larges bords, intellectuels arborant fièrement l’audace de la couleur, ou même, pourquoi pas, jeunes filles découvrant le monde réel et s’en émouvant, en soulevant les bords feutrés déjà élimés par le temps.

Mon chapeau est donc brechtien, évidemment. Mais Brecht n’est plus à la mode. Joué et rejoué, même à l’Ouest, en Allemagne dans les années 1970, il est passé de mode. Brecht a fait faillite, a été revendu avec les cendriers de mauvais goût que personne ne veut acheter, car pas encore assez kitsch pour faire second degré. Et racheté par un jeune homme, ou du moins un homme encore jeune, honteux de ses premiers cheveux blancs, honteux de la dissimulation qui lui semble nécessaire, honteux d’avoir honte de cette dissimulation, honteux de courir se réfugier, comme une jeune première craignant pour ses chaussures, honteux d’être moins tranquille, moins à l’aise, moins naturel que cette femme qui l’accompagne mais que lui aimerait accompagner, cette Valérie à qui il a suffi, avec la plus grande grâce du monde, de tirer un petit quelque chose de son sac, de le poser d’un geste sûr sur sa tête, une Valérie pour qui rien n’est un drame, qui aurait pu continuer à marcher, comme si de rien n’était, portant sa beauté comme un étendard, sa beauté qui n’est pas à la merci du premier orage venu, sa beauté que rien ne peut atteindre, une beauté marchant, sans même le savoir, la tête haute, sur ma honte, ma peur et mon désespoir.

" Une beauté invincible : Vénus dans toute sa gloire, Vénus et ses feux tout puissants », se permit d’ajouter Toine, un sourire de connaisseur en coin."

Mirouse lui sourit. C’était la première fois : le pacte était scellé !

"J’avais 33 ans, ce fut un jour presque christique. Et depuis ce jour, je porte mon chapeau violet à larges bords comme d’autres portent leur croix. Mais croyez-moi, des Vénus aux feux tout-puissants, j’en ai vu depuis, et je sais maintenant qu’elles ont aussi des cheveux blancs. »

Et c’est ainsi que naquit une amitié indéfectible entre Toine et Mirouse : en parlant de femmes, ils parlaient de l’Homme.

[…]

Chapitre 25 : Vent du nord

Ou comment brusquement, quand on a décidé de partir, tout pousse à le faire

Vous aurez beau prendre des petites ruelles abritées, les rues perpendiculaires, les passages couverts, longer les murs, couper à travers les magasins, superposer les épaisseurs de vêtements, courir pour rentrer chez vous, remonter votre écharpe jusqu’aux yeux, penser aussi fort que vous le pouvez qu’il fait chaud ou vous concentrer sur les rayons du soleil qui apparaissent de temps à autre, vous n’y échapperez pas. Le vent du nord est là, il s’est installé, fait le siège de la ville, s’immisce partout. Vous le sentez pénétrer sous le manteau, et vous narguer. Vous le croyiez derrière vous et voilà qu’un grand coup de vent vous décoiffe, attaquant en plein visage, vous rabattez votre écharpe sur le visage et le voilà qui vient vous étreindre la nuque et vous prendre par surprise. Le vent du nord est le mistral de Paris. Le vent du nord rend fou.

Oui, le vent du nord ne fait pas que glacer les chairs et les os, il glace les cœurs aussi. Comme il s’immisce dans les cours et les arrière-cours, il pénètre dans les ruelles étroites de chacun.

On était début janvier, et Mirouse se dirigeait vers l’île de la Cité pour voir Notre-Dame une dernière fois avant de partir. Les rues regorgeaient de monde, les voitures se suivaient avec obéissance et les piétons regardaient leurs pieds. Les porte monnaies étaient vides, Noël était passé par là. Maintenant, les vitrines des magasins n’étaient plus qu’un décor urbain parmi d’autres. La fièvre était retombée, il faisait même très froid. Le regard triste, l’allure régulière, les pensées bien rangées, chacun rentrait chez soi. Plus personne ne s’arrêtait aux vitrines, plus personne ne voyait les éclairages de Noël, lumières ironiques sur cette ville sans joie, sans foi. Plus personne ne se regardait, les langues étaient rouillées, les muscles étirés, les dos moulus, les lèvres pincées et gercées. Tous ne pensaient qu’à la pièce chauffée vers laquelle ils couraient, et tous avaient honte de ne penser qu’au chauffage. Lorsque les regards se relevaient, ce n’était que pour trouver en l’autre l’écho de son propre désarroi. Mirouse crut un instant qu’il s’était passé quelque chose de grave tellement la ville paraissait en deuil. Il interrogea du regard un homme qui tenait une petite fille par la main. Il ne reçut que le même regard interrogateur en guise de réponse. Il s’approcha d’un kiosque à journaux, ne trouva aucun titre alarmiste et s’apprêta à aller interroger la vieille femme dont n’émergeait que le bout du nez tant elle s’était emmitouflée derrière son comptoir quand le silence lui tomba dessus. Bien sûr, si quelque chose s’était passé, les gens en parleraient, il y aurait des attroupements autour des télévisions des magasins, autour de ceux qui auraient des radios portatives. Là, rien. Même en se concentrant, on ne décelait pas un bruit humain. Tout ce qui pouvait se dire, les insultes comme les mots tendres, les discours politiques comme les propos sans importance se perdait dans la masse des « bruits de la ville ». Non, il ne s’était rien passé, tout était on ne peut plus normal. Alors, Mirouse, qui bataillait ferme contre les premiers effets du vent du nord qui avait réussi à se glisser en lui, eut soudain très hâte de quitter cette ville.

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Chapitre 53 : Calculs mentaux et calculs rhénaux

Ou comment passer à l’étape du bilan sans décourager personne

Sauf rares exceptions dues aux aléas des horreurs du monde, comme une naissance en temps de guerre, orphelinats, veuvages, adoptions forcées, trafics d’enfants ou abandons à la naissance, chaque homme connaît sa date de naissance. On oublie beaucoup de choses et il est parfois excusable de ne pas se souvenir du nom de baptême de son premier amant ou de la première fille à avoir fait don d’un baiser, mais le nombre à 4 chiffres marquant l’arrivée dans le monde des hommes ne sort pas si facilement de nos petits cerveaux. L’âge n’est pas une maladie : on ne la découvre pas, on ne nous l’annonce pas avec pincettes, regards gênés et équipe de psychologues en renfort. L’âge n’est pas une surprise, un accident. Dès qu’un enfant est en âge de compter, il sait en quelle année il aura vingt ans, cinquante ans, cent ans et peut même en rire tant qu’il est enfant tant les dates de notre vieillesse nous semblent appartenir à un mauvais film de science fiction.

La vieillesse est une sorte de chronique d’une mort annoncée, le cours normal des choses si celui-ci n’est pas interrompu par toutes sortes d’accident. « Si les petits cochons ne me mangent pas », se dit-on, j’aurai XX ans en XXXX. Rien de plus sûr.

On peut toujours mentir sur son âge, mais c’est sans doute là le type de mensonge le plus douloureux au monde car rien ne pourra jamais vous permettre de vous prendre à votre propre jeu, sans doute le seul mensonge au monde qui ne deviendra jamais vérité. Rien à faire. On a beau être jeune d’esprit, à tendance adolescent attardé comme l’était Mirouse selon l’avis de ses proches et de son propre aveu, on sait toujours l’âge qu’on a.

Mirouse était né le 5 avril 1956 à la maternité de Besançon. Chacun peut donc aisément se rendre compte que Mirouse avait dépassé le seuil fatidique des 50 ans le 5 avril 2006. Il s’en était lui aussi rendu compte, avec quelque avance sur vous, lecteur, puisque l’angoisse commença à l’étreindre plus de six mois auparavant. Plus précisément, l’angoisse posa ses griffes sur lui à la mi-août de 2005. Le passage des 50 ans est pour tous, enfin, pour tous ceux qui approchent de cet âge ou en ont déjà passé le cap, ce qui, somme toute, ne constitue pas la majorité de la population mondiale, un moment important, l’heure où la « vieillesse » n’est plus une angoisse du futur, et où l’on peut enfin se plaindre en toute légitimité et bonne conscience. Pour beaucoup, c’est l’heure du bilan, le moment où l’on songe plus sérieusement que jamais à quitter sa femme et ses enfants parce qu’enfin, ils sont grands, où l’on veut faire vite pour réaliser ses rêves de jeunesse, l’heure où l’on achète un voilier, ouvre une chambre d’hôtes, où l’on embarque pour un tour du monde, où l’on achète une maison avec un jardin, l’heure où l’on commence son autobiographie si vraiment on n’a pas d’argent à investir.

Mirouse, personnage bien atypique sur de nombreux points, n’échappa pourtant pas à la règle du bilan. Ne souhaitant pas sombrer dans une dépression qui serait d’autant plus douloureuse qu’elle serait floue, il choisit de prendre le taureau par les cornes et de les placer derrière la charrue. Adepte de stratagèmes et de stratégies, Mirouse décida de se donner les moyens de faire un bon bilan lorsqu’il passerait le cap décisif de la cinquantaine et donc de réunir tous les éléments objectifs lui permettant de jeter un regard serein et professionnel sur les cinquante années qui venaient de s’écouler bien malgré lui.

Mirouse consacra donc les 6 mois qui le séparaient du 5 avril 2002 à composer des petits blocs notes sur les différents aspects de sa vie. Par souci de clarté et de simplicité, il adopta le modèle du Curriculum vitae puisqu’il n’y avait selon lui pas de raison pour que les choses utiles ne soient utilisées que pour des activités immédiatement utiles, comme une entreprise. Mirouse ne cherchait pas à se faire recruter et encore moins à se recruter lui-même, loin de là, mais Mirouse souhaitait pouvoir avoir sous les yeux, imprimé noir sur blanc, si possible sur du papier glacé, ce qui avait constitué sa vie.

A titre de documents, pour vous permettre de mieux saisir le personnage et de vous y identifier si vraiment vous en ressentez le besoin, et également pour vous faciliter la compréhension des événements à venir, nous vous offrons quelques échantillons des réflexions de notre héros.

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Autres extraits sur demande. A suivre dans la mesure du possible, bien évidemment.

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