Comme j’ai perdu la première page de mes notes de voyage, le récit est pris au coeur de l’action…
Nous passâmes une nuit dans les montagnes du Velebit. Nous déclenchâmes le rire des autochtones en 4L le matin car nous souffrîmes de la chaleur.
Sur ce, il fallut bien réparer la plaque, ce que nous choisîmes de faire, en plein cagnard, au bord de la mer, près d’une petite paillotte désaffectée et d’enfants qui plongeaient d’une chapelle dans la mer. B. eut chaud, bien qu’il fut à l’ombre sous la voiture. Heureusement cette session fut couronnée d’une rencontre avec GIGI, j’ai nommé le crétin des montagnes qui suivit de près les informations et émit force commentaires en croate. Il finit bien par me laisser couper mes ongles des pieds tranquilles, mais ce ne fut pas chose facile. Pour se rafraîchir, B. sauta dans la mer, bien plus froide qu’à l’accoutumée, puisqu’alimentée par l’eau de source de la montagne. Quelle surprise : une fois n’est pas coutume.
Requinqués comme la plaque, nous prîmes la route de Zadar où nous passâmes une fort belle après-midi riche en baignades, visites religieuses et culturelles et shopping (B. achète enfin un maillot de bain…). Inutile de préciser que l’après-midi de A. fut égayée par le relent des gnocchi au gorgonzola qu’elle ingurgita avec émotion à midi. Le soir, nous prîmes un ferry pour Dugi Otok, l’île la plus éloignée et la moins touristique que nous ayons trouvée. Là, nous entreprîmes de chercher une chambre. On nous proposa une caravane, mais nous décidâmes de trouver par nous-même un lieu de couchage digne de notre couple. Nous plaçâmes de grands espoirs dans un « vidikovat » (panorama en croate) qui s’avéra être une décharge. Après maints pinaillages, chemins de terre et demi-tours habituels, nous nous couchâmes enfin, 3 h après les allemands que nous avions vus s’installer bêtement sur le bord de la route avec leur camping car miteux.
Le lendemain, un orage éclata. Il fallut écourter le petit déjeuner. Comme rien ne fut rafraîchi, nous allâmes nous baigner à la point Nord de l’ile, près d’un phare fort haut pour la région. Après un brillant concours européen de passages de voiture entre une souche et un tronc d’arbre, nous dénichâmes une crique et B. une épave. A. se baigna nue, car après tout, on n’a pas fait tout ce chemin pour avoir la marque du maillot. B. étant parti explorer l’épave au tuba, A. put lire un peu au soleil. Mais fut bien punie quand elle cassa sa dernière paire de tongs. Las hélas, à peine le maillot de bain de B. avait-il été trouvé, ne voilà-t-y pas que c’est l’attirail pédestre de A. qui partait en lambeaux…
Sur ce, nous décidâmes de nous organiser, c’est-à-dire d’aller réserver au village de l’île un bateau pour les Kornati et éventuellement une chambre, voire consulter internet et acheter une paire de tongs.
Sur le chemin, nous nous baignâmes avec volupté à Savar, charmant petit port.
A Sali, nous louâmes un appartement à un aveugle qui nous parlait allemand. Sans même prendre le temps de profiter sexuellement du grand lit, mais en ayant pris soin de se doucher, nous repartîmes de plus belle à l’assaut du parc naturel voisin et de son lac salé.
Bien déçue par le lac salé qui était tout mort vivant, A. se rabattit sur les ânes.
Bien déçu par les falaises qui n’étaient pas si impressionnantes que ça, B. se rabattit sur les kernes qui ornait la plage et surtout sur le spectacle de l’orage qui lui fit des frissons partout, tandis que A., au fond du rade, s’escrimait à accéder à internet en plein orage.
Rafraichis, nous rentrâmes jusqu’à la voiture, sans lampe toujours, mais avec amour.
Après avoir finalement bien profité de ce grand lit malgré la ténacité d’un groupe folklorique local, A. et B. se réveillèrent tôt pour se pointer sur le port. Ayant trouvé leur guide, prénommé Mohammed, ils partirent en bateau.
La journée fut belle, la journée fut chaude et la journée fut humide.
Le soir, nous rentrâmes à Zadar et dinîmes à l’Arsenal en nous croyant autre part.
De nuit, nous partîmes en direction du parc de la Krka dont on nous avait vanté les mérites. Après s’être fait peur en découvrant le camping « Europa », digne des grands films d’horreur américains, A. et B. optèrent pour une solution de leur crue. Comme on fait son lit on se couche. Sans trop de pinaille, ils trouvèrent une vallée bien déserte et bien protégée. Après quelques minutes d’interrogations « et si c’était le lit d’une rivière ? » « Et s’ils ouvraient le barrage » (par 35 degrés à l’ombre), ils finirent par s’endormir.
La matin fut l’occasion d’une petite séance photo Fkk (naturiste dans le jargon local) et nous pliâmes la Queschua pour nous rendre au parc naturel. On avait vu plus naturel. Entre les bimbos croates et les camps de redressement pour mineurs de la banlieue parisienne, on aurait pu trouver plus tranquille. En vain, ils cherchèrent une randonnée isolée, en vain, ils cherchèrent des serpents, en vain ils cherchèrent un coin pour faire l’amour (enfin A. surtout). Ils finirent par se baigner quand même dans la rivière car on ne peut pas cracher partout dans la soupe, surtout quand elle tombe en cascade. Des tongs furent acquises à Shakrin, point de départ des excursions touristiques en bateau.
Après avoir surpris tout le monde en rentrant à Shakrin à pied plutôt que de prendre le petit bateau à aube vraiment traditionnel, nous nous rebaignâmes et quittâmes ce village somme toute intéressant.
De là, nous reprîmes la route vers Trogir, fortement conseillé par Tata Annick. Nous allâmes directement au camping, qui était plus plein qu’une pute un vendredi soir de voyage d’affaires à Amsterdam. Les hollandais étaient fort nombreux. Mais nous trouvâmes vite le coin des français, qui s’avéra aussi être celui des bosniaques, qui comme chacun sait, ont la niaque, surtout lorsqu’il s’agit de planter sa tente à l’ombre.
Nous allâmes à Trogir à pied, ce qui était une erreur, car d’embouteillages, nulle trace, mais ce qui eut le mérite de faire les pieds à B. La ville fut elle aussi pleine comme une pute, mais plus belle que le camping. Les restaurants fermés, on put se promener tranquillement et remplir nos cartes mémoire. Le retour à pied fut mouvementé en raison de la ronde des scooters qui aiment, la nuit tombée, faire peur aux touristes.
Nous passâmes une très bonne nuit après un très bon bain de minuit, agrémenté d’une bonne douche chaude collective comme seuls savent le faire B. et A. depuis leur premier jour en commun.
Le lendemain, nous échouâmes dans la louable tentative de nous lever à 7h pour profiter de la ville déserte, ce qui fit rire nos voisins les français, pour qui la grasse matinée semblait d’habitude accidentelle. A Trogir nous posâmes le pied à midi, le temps de faire le marché et de visiter la magnifique cathédrale romane où nous vidâmes batterie et cartes mémoire.
Dans un souci louable d’organisation, nous dénichâmes internet au fond d’une ruelle. De là, nous reservâmes le ferry de Split à Ancone et dûmes adapter le reste de notre voyage en conséquence. Ce sera Dubrovnik d’abord puisque c’est de Split qu’il faut partir. Nous enchainâmes avec un coup de téléphone au camping de Dubrovnik qui s’avéra accueillant, même à pas d’heure. Nous eûmes ainsi le plaisir de découvrir l’Andorre local de nuit, illuminé de ses belles stations services, supermarchés et débiteurs de tabac pas chers.
Pour éviter les bouchons, nous coupâmes par la montagne, par une route-frontière avec la Bosnie qui s’avéra fort riche en Vidikovat. Ce qui eut probablement le don d’exciter la puce assise en passagère. Et c’est bien vite qu’il fallut la satisfaire, à peine arrivés au camping où nous nous installâmes à côté d’un monument au mort absurde. Une photographie d’homme d’âge mur et deux dates, de 8 mois d’écart. Envie d’apprendre le croate pour comprendre. Nous avons en tout cas compris que personne ne s’était installé là à cause de la stèle funéraire. Mais nous avions vécu pire.
Il était de toutes façons bien trop tôt pour dormir après nos ébats et c’est à 1h du matin que nous entrâmes, appareils à la main, dans la forteresse de Dubrovnik, après avoir, comme il se doit, payé le parcmètre fonctionnant 24h 24h… Terrible actualité des villes fortifiées.
Les turcs n’ayant jamais pris Dubrovnik, nous dûmes trouver une porte pour pénétrer les remparts.
La nuit fut magique. A. versa sa larme. B. se laissa aller aux émotions esthétiques, mais non à la tentation homosexuelle. Les chats nous émurent, à se demander s’ils n’étaient pas nourris par l’office du tourisme, Nous rencontrâmes un chef de gang, blanc, ce qui est assez rare pour être signalé, et nous rentrâmes, exténués de la beauté plein les yeux.
La matin, nous nous baignâmes, de plus en plus blasés de la mer et nous partîmes visiter Dubrovnik. Nous allâmes voir une exposition qui n’avait rien à voir avec le Schlmlblick sur les enfants soldats, mais il fallait bien se changer les idées de la Croatie après tant de cartes postales. Nous visitâmes un fort beau cloître, nous baignâmes des rochers et attaquâmes la promenade des remparts. Marrie par une panne inopinée de batterie sur sa caméra, A. se rattrapa avec un monstrueux plat de langoustine géantes, ce qui eut le don de la faire dormir sur le trajet du retour vers Split, et donc de ne rien comprendre lorsque son doux et tendre fut arrêté par un policier pour excès de vitesse.
B., bien qu’ayant marchandé l’amende, s’en tira en colère et la fin du long retour par la Magistrale acheva d’aiguiser son souci. Pour corser le tout, l’adresse du camping glané dans un guide du routard d’autrui, s’avéra être située en zone industrielle de Split. Le camping étant fermé, nous décidâmes de renouveler l’expérience de la veille et d aller visiter Split de nuit. Mais on ne boit jamais la même eau, il était fort tard et nous ne trouvâmes pas le centre de Split. C’est ainsi qu’exténués, nous allâmes nous coucher sur les plate bande d’un camping car français à qui nous présentâmes tout de même des excuses écrites.
Après le bain rituel du matin, nous repartîmes vers Split et le ferry. En plein cagnard, A. se sentit défaillir. Nous allâmes la tremper dans la piscine locale qui s’avéra être la mer et on lui remonta le moral par quelques visites culturelles (tombeau de Dioclétien transformé en église, souterrains du palais de Dioclétien…).
On finit même par trouver un cadeau pour V. et une jupe vin rouge proof pour A.
Le soir, nous montâmes dans le ferry épuisés et nous endormîmes avant même le départ, ce qui nous valut de rater le restaurant.
Première nuit passée SUR la queschua et non DEDANS. Première nuit passée sur un pont de bateau. Première nuit passée habillés. Dernière nuit des vacances.
petit papier de voyage
/BOUCLE_article2>