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Ce que les statistiques ne vous disent pas
 

Chaque jour, il y a en France 650 accidents par glissades sur les déjections canines.
La vraie question est « mais d’où vient ce chiffre ? » Soit il existe un échantillon représentatif de la population française qui trace une croix sur un petit tableau à chaque fois qu’il se vautre sur une crotte de chien et communique ses résultats en fin d’année à l’institut de sondage. Malheureusement, l’étude ne précise pas s’il s’agit du pied droit ou du pied gauche : on peut toujours affiner la statistique et demander aux sondés de préciser les conditions de chaque incident. Soit il existe une personne employée par l’INSEE pour passer sa vie dans des endroits représentatifs du territoire français. Imaginez le pauvre enquêteur placé à la campagne, au milieu d’un champ jouxtant une autoroute, guettant pendant des heures, voire des semaines, un piéton ou une crotte de chien en prenant garde à ne pas faire de confusion avec la bouse de vache, et attendant avec impatience la conjonction du pied et de la crotte pour en noter tous les détails sur son calepin, petit schéma à l’appui.

Les pères de famille passent 8 minutes et 10 secondes par jour à aider leurs enfants avec leurs devoirs.
Ce que l’étude ne précise pas, c’est qu’en général, les 8 premières minutes se passent bien, papa réussit à tracer la fonction sur le papier millimétré et réexplique avec patience la règle d’accord du participe passé. On écoute gentiment, on écrit proprement en se félicitant du temps gagné sur le temps des devoirs grâce à papa. Et tout dégénère dans les 10 dernières secondes : papa ne comprend pas le problème d’algèbre, ne voit pas la différence entre l’ARN et l’ADN, n’a plus envie de parler des gamètes femelles et le spectre des couleurs lui donne la nausée. Ça hurle, se met à pleurer, les papiers volent, on va manger dans le silence et en famille. Les dix dernières secondes sont définitivement superflues.

Aujourd’hui 2.3 personnes vivent dans le même logement contre 3.19 personnes dans les années 1950.
Est-ce l’amant dans le placard qui a disparu ? Fort probable si l’on considère que l’amant ne compte que pour 0.89 personne (après tout, il ne ramasse pas le courrier, ne sort pas les poubelles et fait assez peu la vaisselle) et qu’un couple vit avec un tiers d’enfant chacun. Mais l’étude ne précise pas où se trouve l’amant : a-t-il disparu ? Non, mais il ne vit plus à la maison. L’amant a aujourd’hui la possibilité de communiquer par Sms et Mms, d’envoyer des emails sur la boîte personnelle de madame. Certes, mais il reste à résoudre le problème du lieu de rendez-vous clandestin. Le logement du couple pourrait s’y prêter puisque depuis les années 1950, le nombre de pièces a sensiblement augmenté : le rendez-vous galant ne se déroule plus dans la pièce principale, avec l’âtre, le bétail, la table de ferme si l’on veut remonter vraiment loin. Le nombre de pièces a augmenté mais la taille des pièces a diminué : ce qui devrait a priori favoriser l’intimité des couples adultères. Mais le foyer reste trop connoté. Aujourd’hui, un bon adultère se déroule sur le lieu de travail, en vacances ou en soirées : en tout cas à l’extérieur du lit conjugal et alentours. Et après, on s’étonne d’être moins nombreux à la maison !

2.62 euros : le budget cannabis journalier des 17-18 ans.
Ce qu’on ne nous dit pas, c’est la façon dont les jeunes gèrent leur budget. Imaginons Thomas : il est devant son ordinateur (payé par sa grand-mère à Noël), il calcule son budget prévisionnel sur Excel. Il est embêté car la période n’est pas très bonne : l’augmentation de son argent de poche lui a été refusée, son anniversaire est encore loin et, la veille, Thomas a cassé son bang. 4 euros le marqueur pour en fabriquer un nouveau : le budget va être serré. Selon ses calculs, il va falloir qu’il réduise sa consommation journalière. Jusqu’au week-end, il peut tenir sur ses réserves de shit. Parce que celui-ci se conserve mieux que la beu, il se félicite de son investissement. Par contre, il va falloir attendre pour procéder au renouvellement des stocks. En plus, il a besoin de feuilles à rouler : son budget cannabis de la semaine sera déjà amputé de 1.10 euros. Mais samedi, il y a une soirée chez François : Thomas va-t-il pouvoir compter sur ses amis pour un dépannage temporaire ou va-t-il être obligé de demander un crédit à la consommation ?

À Paris, un homme de 26 ans sur deux vit chez ses parents.
Mais la question essentielle à laquelle l’étude ne répond pas, c’est : « comment les reconnaître ? » Reconnaître un homme de 26 ans est plutôt facile avec un peu d’expérience, mais la chose se complique si la lumière est tamisée, que le bar est plein et que de toute façon, tout le monde a trop bu. Une chance sur deux de se retrouver le lendemain matin avec papa maman à prendre le petit-déjeuner dans la cuisine en allumant le petit mignon accoudé au comptoir, l’enjeu est important. Il faut donc redoubler de prudence dans les bars, les endroits enfumés ou trop bruyants et préférer des lieux de rencontre qui vous permettront de glaner quelques indices. Prenons le restaurant par exemple : un classique qui permet de se rendre compte si les chemises du jeune homme sont repassées et si l’argent avec lequel il vous invite est celui du loyer qu’il ne paye pas. Si le dit jeune homme se jette sur la nourriture, c’est bon signe : ce n’est plus sa mère qui le nourrit.

Budget sous-vêtement est de 39 centimes par jour pour les 15-34. 14 centimes pour les plus de soixante-cinq ans.
Parce qu’en matière de culottes comme en beaucoup d’autres, on vit sur ses acquis… On n’imagine pas ce que peut coûter une vie sexuelle ! Dans ce domaine, on s’attendait à une hausse de la solidarité intergénérationnelle, mais visiblement non, les jeunes filles de 15 ans récupèrent assez peu les culottes de leurs grands-mères. Elles préfèrent en racheter…

La pratique sportive des plus de 60 ans a été multipliée par 7 en 15 ans.
Facile de monter 7 fois plus vite la marche quand on habite au rez-de-chaussée, mais c’est plus difficile quand la personne âgée habite une chambre de bonne au septième étage sans ascenseur. Heureusement, il reste d’autres solutions pour améliorer les performances sportives : abandonner le caddie et porter ses briques de lait et ses bouteilles d’eau minérale à bout de bras pour se faire les biceps, se muscler les fessiers en essayant de pénétrer dans un bus bondé, travailler les abdos en virant les jeunes qui squattent les places prioritaires dans les bus etc.

Les français possèdent 36.6 millions de poissons rouges.
Mais les possède-t-on encore lorsqu’on part en vacances et qu’on les met en garde chez des amis ? Qui sont les propriétaires de tous les poissons rouges abandonnés dans les bassins des jardins publics ? Faut-il baguer les poissons rouges, leur établir un certificat d’état civil ? La propriété est-elle transmissible en cas de décès du propriétaire ? Qui hérite du poisson rouge ?

11.9 millions d’élèves sont accueillis tous les jours, de la maternelle au lycée.
Ce que l’étude ne précise pas, c’est comment ils sont accueillis… Avec des fleurs, du chocolat, par un proviseur aux petites lunettes à bras ouverts ? Par des tomates, des jets de pierre, des chiffres sur l’échec scolaire ? Essuient-ils leurs petits petons chaussés de converses et autres héritiers des Vans et des Nike Air en entrant sur le territoire scolaire ?

Une boucherie rapporte 98 euros par jour, une pharmacie 308 euros
On comprend pourquoi l’industrie agroalimentaire voudrait autoriser la vente de viande clonée : il pourrait y avoir association en perspective…

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