![]() |
|
Deux fois moins vite Une expérience en temps réel |
|
A mon papa Depuis toujours, mon père me dit que dit que je devrais tout faire deux fois moins vite : « Fais tout deux fois moins vite, ça ira mieux ! ». Parce que j’étais maladroite, parce que j’étais bègue, parce que j’étais hyperactive et pas très douée pour les choses manuelles. Les choses ont peu changé. A ces tares d’enfance viennent s’ajouter des défauts d’adulte : faire trois choses à la fois, n’en finir aucune, être en retard, stressée, débordée, frustrée de ne pas avoir le temps de faire aussi ça et puis ça. Source d’insatisfaction – toute relative – dans ma vie professionnelle, artistique, amicale, et même amoureuse. Depuis toujours, on s’extasie sur mon énergie, ma vitalité, mon volontarisme. On s’y épuise surtout, depuis mes parents qui ont longtemps lutté contre les médecins pour m’éviter les somnifères jusqu’à un amoureux récent qui préférait me voir malade. J’étais plus calme… Les choses sont plus parlantes ainsi, non ? Depuis longtemps, je me dis que je devrais enfin écouter mon père. Suivre son conseil. Essayer honnêtement, de tout faire deux fois moins vite. Au moins une journée, pour voir si c’est faisable, pour voir si c’est intéressant. Mais reste la question de la date, en bonne adulte débordée ex-hyperactive ayant depuis la fin d’adolescence seulement retrouvé le goût du sommeil, la date n’est pas facile à définir : il ne faudrait pas que je ruine une de mes journées bien remplies… J’avais d’abord pensé à une journée de vacances de printemps, un jeudi où j’avais prévu d’aller passer une journée à la Rochelle avec ma grand-mère. Ca s’annonçait tranquille, presque trop facile… Mais j’ai vite renoncé. Ma grand-mère est bien pire que moi : c’est la spécialiste pour abréger un coup de téléphone par un « oui oui oui » pressé, pour faire cramer la nourriture parce qu’elle fait deux autres trucs à côté, pour être capable, sans ironie, - à 81 ans - de fixer un déjeuner dans 15 jours parce qu’avant, elle n’a pas une minute à elle, pour faire des programmes complètement irréalistes le soir pour le lendemain, à 1h30 du matin. Le matin, donc, au son de sa voix à 7h30, « Allez, on décolle », j’ai compris que ma grand-mère n’était pas le genre de personnes avec qui tenter ce genre d’expérience. Un peu plus tard, j’ai failli commencer mon expérience humaine en sortant du cinéma. J’étais allée voir un film asiatique – chose rare, en général, ça m’endort : j’ai beaucoup de mal à m’extasier sur un esthétisme formel qui me laisse toujours la fâcheuse impression d’avoir perdu deux heures alors que j’aurais pu regarder un beau tableau, dix minutes max. Toujours est-il que je sortais d’un film asiatique pas trop statique mais assez lent pour avoir provoqué chez moi un changement de rythme significatif. Je me sentais prête à sauter le pas. Mais, il était dix heures du soir. Bien trop tard pour se lancer dans ce genre de transformation qui relève de la bonne résolution. Car, tout faire deux fois moins vite, c’est comme arrêter de fumer. Il fallait que ça commence un matin. On n’attaque jamais de grandes choses le soir, c’est bien connu… Forte de cette comparaison, j’ai alors pensé que, comme pour l’arrêt du tabac, il était préférable de choisir la pire période, la plus stressante, la plus sujette aux excès en tout genre. J’ai donc choisi un de mes pires mardis. Le mardi, j’ai trois interventions de deux heures à faire en trois lieux différents, avec une pause de 30 minutes entre chaque dans laquelle je dois caser trajets, photocopies et ingurgitation de nourriture. En général, le mardi soir, c’est pire parce qu’en sortant de là, j’ai un gros truc à préparer pour le mercredi matin, et j’y suis chaque fois jusqu’à deux heures du matin. Ce défi me tentait. Je me suis décidée. Tout a bien commencé : j’avais prévu de me lever plus tôt que d’habitude car pour tout faire deux fois moins vite, il faut deux fois plus de temps, c’est mathématique. Sous la douche à 7h30, j’apprécie de me savonner lentement. Puis je laisse l’épilateur sur « position 1 », ça fait moins mal, le sèche-cheveux sur « bas », ça fait moins chaud, et je beurre méticuleusement mes tartines, ça fait pas plus grossir. Tout va bien jusqu’à ce que je regarde l’heure : je suis déjà en retard. Je décide de ne pas courir et de marcher tranquillement jusqu’au lieu de mon premier rendez-vous. Je profite bien des rayons du soleil et des gens. Je suis plutôt contente de l’expérience. Résultat : j’arrive avec un bon quart d’heure de retard, tout sourire, puis la journée s’emballe. Je me remets à courir – le même abandon que lorsqu’on reprend une clope après avoir « arrêté ». Les jours sont passés sans que je m’en rende compte : les jours n’avaient pas décidé de me seconder dans mon expérience. On aurait plutôt dit qu’ils essayaient de tout faire deux fois plus vite. J’ai appelé mon père pour me plaindre. Il ne m’a pas dit de tout faire deux fois moins vite. Puis l’expérience à faire m’est sortie de la tête. La science et ma qualité de vie ont dû patienter encore un peu. Ca m’est tombé dessus par hasard. Il a fallu que je sois transférée à la campagne en pleine chaleur estivale. L’expérience est en cours. Elle ne se contente bien sûr pas d’une journée, la garce. L’expérience aussi doit se faire 2 fois, 10 fois, 1000 fois moins vite pour avoir une chance d’être concluante. En voici en tout cas les premiers résultats : Premier bilan sous forme de notes :
A suivre : Deuxième bilan sous forme d’analyses thématiques :
Troisième bilan sous forme de notes pour plus tard :
Quatrième bilan sous forme d’anecdotes :
Cinquième bilan sous forme d’objectifs chiffrés : |
||
|
|
Ce site est tardivement tenu par Soanne cheresoanne […] gmail.com |