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Je déballe ma future bibliothèque
 

A W. Benjamin



A Gibert (30 07 08)

Partant en vacances pour une bonne dizaine de jours pour une destination plus ou moins inconnue, mais supposant que l’on trouve toujours des endroits pour lire, surtout en été, je vais chez Gibert faire le plein de livres, après avoir fait le tour de ma bibliothèque. J’ai bien hésité à recommencer pour la nième fois l’homme sans qualité, ou à finir enfin Don Quichotte, mais je n’ai pas envie de Proust, ni de la poésie. Je me résous à prendre avec moi 2 ou 3 livres parmi les essais, les biographies et les ouvrages universitaires qu’il faut que je lise, mais j’ai décidément envie de neuf.

Me voilà partie chez Gibert où je sais que je peux trouver de quoi lire pour un moment à 30 euros. Je sais à peu près ce que je veux. 5 livres : un roman d’une de mes valeurs sûres, si possible long. Un ouvrage surprenant auteur inconnu, genre indéfinissable. Un recueil de petites choses courtes, contes, nouvelles, anecdotes. Un livre de « non-fiction intelligent ». Et quelque chose de très original, une nouvelle découverte.

Je passe 10 minutes devant les rayons poche sans m’arrêter sur un seul titre. Je repasse. Je ne comprends pas : rien ne me retient. Je lève les yeux. Normal : je suis au rayon « Littérature française » et les classiques sont désormais ailleurs. Je tente Balzac, qui ne me dit vraiment rien cet été. Peut-être parce que j’ai commencé à l’enseigner cette année…

Je vais à tout hasard à Gary, mais rien de nouveau n’est sorti. Il faut maintenant aller en littérature étrangère pour arriver à me faire plaisir : voilà qui me déprime car c’est la littérature française que je connais le mieux. Ceci explique peut-être cela.

C’est donc au rayon littérature étrangère que je tombe sur mes valeurs sûres : Zweig d’abord, rien qui me dise plus que ça. A côté, je trouve « le mythe visuel de l’Italie », un essai par un historien de l’art italien que je ne connais pas. Je prends. Je remonte à S. Tiens, plein de Muriel Spark. Cela me dit quelque chose. Je regarde la liste des écrits pour retrouver ce que j’ai bien pu lire. Je lis la quatrième de couv’ jusqu’au bout cette fois. « L’ingénieur culturel », ça a l’air intéressant. Je parlais justement hier avec une amie du marché du consulting culturel en Angleterre. Je prends. On verra bien si j’ai déjà lu et si j’avais pas aimé, au pire, on peut changer d’avis. J’arrive à N. J’hallucine sur le prix des folio d’occasion. Rien à moins de 4 euros. Et pour un Nabokov que je n’ai pas lu et qui a l’air encore plus fou qu’Ada que j’ai lu l’été dernier, il faut désormais débourser plus de 5 euros. Le volume est épais certes, mais franchement sale et abîmé. Je prends quand même. La perspective de passer un autre été avec Nabokov me réjouit, même si je sais qu’il va falloir que je trouve autre chose de moins entier, de moins prenant. Pas de chance, j’arrive au C, c’est Cortazar. Je suis déçue par la taille du rayon Cortazar. Je vois un gros roman : Le livre de Manuel. Je lis le résumé : voilà qui m’a l’air génial. Je prends. Vraiment enthousiaste, mais j’arrive à la fin. Je refais le tour en me disant que je vais bien trouver un truc en littérature française quand même… Je passe devant le rayon littérature française chère (non poche). Cela dit, on trouve des minuit et des Pol à 6 euros d’occasion Au prix du Folio, ça vaut le coup. Je me demande si c’est là le même phénomène que celui qui me fait trouver un plat à 13 euros pas cher alors qu’il y a à peine quelques années, 10 euros pour un plat, c’était très cher. Curieusement, je reste un moment au rayon littérature contemporaine française : je me rends compte que je connais pas mal de noms, alors qu’il n’y a pas si longtemps, je ne m’y arrêtais même pas. Depuis, quelques belles découvertes (Chevillard, Toussaint, Duteurtre) : cela vaut le coup de regarder. Tiens : Christian Prigent. J’avais beaucoup aimé sa poésie. Ici, il s’agit d’un recueil de textes courts sur la télé. Je feuillette. Ca a l’air bien, je prends. Je reviens en littérature française. Non vraiment rien qui me dise. J’en suis à un tel point que je me dis que j’essaierai bien Duras. Non, quand même. La 4e de couv’ me dissuade bien vite. C’est en fait au rayon poésie que je trouve mon dernier livre pour les vacances : je regardais Apollinaire et je trouve Aragon : le roman inachevé. Je ne suis pas sûre de ne pas l’avoir déjà chez moi. Ils sont chiants à toujours changer leurs couvertures : on n’arrête pas de racheter des livres ! Je me dis que c’est toujours bon de l’avoir, je lis quelques pages. Je suis convaincue : il faut le lire à voix haute, ça c’est sûr. Ce sera parfait pour la plage. Je me dis que ce sera l’occasion d’expliquer la poésie à B. Mais je sais bien que ce ne sera pas le cas. Je regarde la pile de livres dans ma main : s’il m’en emprunte un, ce sera le bouquin de Prigent sur la télé, je pense. Pas déçue, non, pour une fois assez sûre de mes goûts et fière de maîtriser Gibert, à défaut de maîtriser B.

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